Madame, ce que j'escriptz en la lettre du Roy est le principal de ce que j'ay à fère entendre à Voz Majestez du présent estat des choses de deçà; à quoy je adjouxteray seulement que ceulx ci, cognoissant avoir, en plusieurs sortes, passé trop oultre pour ceulx de la Rochelle, et avoir, contre l'observance de la paix, mal tretté voz subjectz en mer; craignant bien fort avoir provoqué Voz Majestez d'en vouloir avoir la revenche, dont, encores que ceste Royne n'advouhe rien de ce qui a mal passé, et qu'elle monstre encores ne se mesler aulcunement du présent voyage qu'on va fère à la Rochelle, si n'est de prester seulement ses quatre navyres pour asseurer la navigation de ses merchantz, ainsi qu'elle y est obligée, sans qu'elle y envoie ny pouldres, ny artillerye, ny hommes de guerre, ni argent, ainsi qu'elle dict, et comme ung des principaulx de son conseil m'en a asseuré, si luy persuade l'on de procéder de telle façon sur la restitution des biens des Françoys, qu'en les entretennant de quelques formalitez de justice, et monstrant les vouloir toutjour favoriser, elle diffère néantmoins de leur octroyer la playne délivrance de leurs dictz biens jusques à ce que la main levée de Roan sera faicte, ou qu'elle se voye asseurée de la confirmation de voz communs trettez. En quoy l'on m'a adverty qu'elle desire bien fort que Voz Majestez envoyent devers elle; mais semble qu'il n'y ayt lieu, ou qu'aulmoins il n'en soyt encores temps. Et je ne fauldray, à la première foys que je l'yray trouver, de prendre un autre règlement sur la restitution des dictes prinses, qui soit plus brief que celluy, qu'elle avoit desjà baillé, des quatre commissaires de son conseil.
Elle s'attand aussi que le Roy d'Espaigne envoyera icy quelque principal personnaige, ainsy qu'il semble que le Sr d'Assoleville luy en a faict dire quelque chose avant son partement, mais en cella il y auroit plus de rayson, parce que le duc d'Alve a commencé d'exploicter assez universellement contre elle et ses subjectz, en Anvers, premier qu'elle ayt procédé à l'arrestation des deniers d'Espaigne, là où Voz Majestez n'ont rien attempté contre elle; ains ont incontinent commandé la main levée que les officiers de Roan avoient faicte, en faisant, de leur part, raison à voz subjectz. Et si, s'entend que le Roy d'Espaigne en fin s'est résolu de se rescentir des prinses et viollences qu'ilz ont exécutées sur ses subjectz, ayant desjà faict procéder en Espaigne à la saysye et arrestation des biens et personnes des Anglois, et deffandu ne transporter rien, ny mener aulcun traffic de ses pays en Angleterre, aprouvant ce que le duc d'Alve et son ambassadeur, résidant icy, ont faict; de quoy le dict ambassadeur est grandement resjouy, qui m'a mandé que le Roy, son Mestre, n'envoyera, ny permetra que le dict duc envoye plus, devers la dicte Dame. En quoy, si la dicte résolution tient, je croy qu'elle envoyera bien tost devers luy, ainsy qu'il s'entend desjà qu'elle se prépare de le fère, bien que, pour maintenir la réputation, l'on faict icy courir ung bruict que le duc de Feria est desjà en chemin pour venir. Néantmoins si ces choses demeurent guières en ce suspens, elles pourroient, par continuation de ses prinses de mer, aller tant de mal en pis qu'en fin il en sortiroit une guerre. J'entendz qu'on apreste dix des grandz navyres de la dicte Dame pour conduyre la flotte de Hembourg, laquelle sera riche de plus de cinq cens mille escuz de draps, ayantz entendu que le duc d'Alve tient quarante cinq vaisseaulx, bien équipez en guerre et toutz prestz, en Zélande, pour les empescher, mais ilz monstrent ne le craindre guières. Sur ce, etc.
De Londres ce vȷe d'apvril 1569.
J'avois cloz ce pacquet quant le seigneur de Montafie est arrivé, lequel n'a trouvé le passaige à propos. J'espère que ceste Royne l'orra demain.
CONVENTION DE GLASCOW.
—du xiiȷe de mars 1569.—
L'effect du Pourparler qui a esté tenu à Glasco, le xiiȷe de mars 1569, entre le Régent d'Escoce et ses amys d'une part, et le comte de Cassellis, le sieur de Herrys et l'abbé de Kilwelming, au nom de monsieur le duc de Chastellerault, et autres ses adhérans de la noblesse, d'autre part.
Il est requis par Monsieur le Régent que le Duc et ses adhérans recognoistront le Roy et son authorité, et qu'ilz sont ses subjectz, et conséquement de luy prester service, obédience et fidellité à l'advenir comme à leur Seigneur Souverain.
Il est requis aussi, du costé de Mr. le Duc, que, ayant recognu le Roy, ainsy qu'il est expéciffié cy dessus, que toutz et ung chacun de la noblesse seront restituez et remiz en leurs places de conseillers, ainsy que leurs prédécesseurs ont esté durant le temps des autres Roys; mesmes ceulx qui sont nez héréditairement du conseil, et que Mr. le Régent, portant l'authorité du Roy, jurera solempnellement, de là en avant, de se porter indifféremment et sainement, tant envers eulx comme aussi envers toutz autres de la noblesse, en toutes leurs honnestes et justes demandes, sans aulcune partiallité ou ressouvenance de leurs déportemens, durant le temps de la controverse.
Item, que toutz ceulx qui ont faict faulte puis naguières, faisant service à la Royne, ou reffuzé leur obédiance au Roy, promettent, à l'advenir, de se porter envers luy comme ses loyaulx subjectz, avec toute humilité et obédiance, et seront remiz en leurs terres, offices et possessions, nonobstant quelconque confiscation, qui a esté ordonnée contre eulx, pourveu toutjour que toutz ceulx seront exemptz, qui ont esté consentans à la mort du Roy.