CCXXXIIe DÉPESCHE
—du dernier jour de janvier 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer.)
Desir d'Élisabeth de continuer la négociation du traité d'alliance avec le roi.—Sursis à l'exécution du duc de Norfolk.—Pacification de l'Irlande.—Nouvelles d'Écosse.—Départ de l'ambassadeur d'Espagne, qui a quitté l'Angleterre.—Sollicitations des députés des Pays-Bas pour renouer les négociations.—Explications données par le duc d'Albe, au nom du roi d'Espagne, qui consent à rappeler son ambassadeur.—Négociation avec le Portugal au sujet des prises.
Au Roy.
Sire, ayantz les principaulx de ce conseil esté, deux et trois jours, aux champs à se récréer de la peyne et extrême sollicitude qu'il leur avoit convenu prendre pour mener le duc de Norfolc en jugement, et après qu'ilz ont esté de retour, ilz ont desiré encores quelque loysir pour penser sur la dernière dépesche qui estoit arrivée de France, affin d'en pouvoir mieulx dellibérer; ce qui a faict que l'homme de Me Smith a esté d'aultant retardé, mais enfin ilz l'ont dépesché mardy au soyr: et m'a l'on asseuré, Sire, qu'ilz ont mandé au dict Sr Smith de continuer le tretté, et que ceste princesse et eulx se sont de nouveau résolus de conclure, s'il leur est possible, une bien estroicte confédération avec Vostre Majesté. J'espère que la dicte Dame n'aura obmis d'adresser au dict Sr Smith des lettres, qu'elle m'a dict qu'elle vous vouloit escripre de sa main, affin de remercyer Monseigneur de son advertissement et pareillement Voz Majestez, et vous suplier tous troys de prendre une semblable confience d'elle qu'elle avoit trouvé en vous, et de vous asseurer, pour jamais, de sa bonne et droicte intention en tout ce qui vous touchera, et à tous ceulx de vostre couronne. Il se pourra comprendre, Sire, par les dictes lettres en quelle disposition elle est maintenant, car j'ay clèrement cognu, ceste dernyère foys que j'ay parlé à elle, que ses propos ne m'ont esté si francs, ains beaucoup plus réservés que de coustume, bien qu'elle n'a layssé de me continuer les mesmes termes, de se vouloyr perpétuer en vostre amityé; et je croy que les besoings de ses affères, l'y contreindront, et la feront passer oultre au tretté, si, d'avanture, il est bien poursuivy, et si l'on presse de le mener bientost à quelque conclusion.
La mère du duc de Norfolc et milord Thomas Havart sont venuz icy supplyer pour la vye de leur filz et nepveu, mais ilz n'ont encores rien impétré; il est vray que l'exécution demeure en suspens. Et cependant ceste princesse faict toute la faveur qu'elle peut au comte de Cherosbery pour le cuyder retenir en sa cour, ce qui ne viendroit bien à propos pour la Royne d'Escoce, car l'on la commettroit en garde, à quelque autre qui, possible, ne seroit tant homme d'honneur comme luy.
Les choses d'Yrlande se sont ramandées despuys l'aultre jour, car les saulvages monstrent de ne vouloyr rien remuer cest yver, et maistre Fuiguillen, lieutenant de ceste Royne, a renforcé les garnisons de toutz les fortz de la palyssade, et a accommodé le différent d'entre le comte d'Ormont et le ser Bernabey; et asseure fort que, si la dicte Dame luy envoye les deniers, et les hommes, et les monitions qu'elle luy a promis, qu'il luy rendra le pays paysible et bien assuré; néantmoins elle y sent beaucoup plus de difficulté que l'aultre n'en y voyd.
J'entendz que ceulx d'Esterling ont mandé à la dicte Dame que le service de leur jeune Prince ne peut requérir qu'ilz octroyent aulcune suspencion de guerre à ceulx de Lillebourg, et que pourtant ilz la prient de leur envoyer l'argent et forces qu'elle leur a promis. A quoy l'on m'a assuré qu'elle leur a desjà respondu qu'elle est dellibérée de n'entendre en rien de leurz affères, ny pour l'ung ny pour l'aultre party, qu'elle ne les voye en quelque abstinence d'armes; tant y a que je sçay qu'elle prépare d'y dépescher, du premier jour, le maréchal Drury; et je mettray peyne de sçavoyr quelle commission il emportera.