Il y a ung moys qu'on n'a heu icy aulcunes nouvelles de Bruxelles, mais l'on n'a layssé, pour cella, de faire embarquer l'ambassadeur d'Espaigne et le repasser de dellà, lequel j'entendz qu'il a abordé à Callays, et l'on a retenu icy son maistre d'ostel prisonnier. Les depputés de Flandres poursuyvent toutjour l'accord, et mettent plusieurs nouveaulx expédientz en avant, tant sur le faict des marchandises que sur les deniers; en quoy ilz ne sont si bien respondus qu'ilz desireroient, ny comme aulcuns de ce conseil le leur avoient faict espérer, bien qu'ilz ayent voulu faire ung grand fondement sur ce que le duc d'Alve, par sa dernière lettre qu'il a escripte à ceste princesse, luy a mandé que l'occasion, pour laquelle le Roy, son Mestre, avoit différé de luy respondre sur la révocation du dict ambassadeur, estoit pansant qu'il se fût si bien purgé des choses qu'elle se pleignoit de luy, qu'il en fût demeuré bien rabillé vers elle, ou bien qu'ayant cessé de n'en plus uzer vers elle, elle eust modéré son courroux en son endroict, mais puysqu'elle vouloit en toutes sortes qu'il partît de son royaulme, qu'il luy mandoit de s'en venir, la priant de permettre au Sr de Sueneguen qu'il peût cepandant tenir son lieu jusques à ce que le Roy, son Mestre, y heût pourveu d'un aultre ambassadeur; car l'assuroit qu'il la vouloit honnorer et aymer, et luy complayre entièrement, sans se départir jamais de l'ancienne confédération et bons trettés d'entre les maysons d'Angleterre et de Bourgoigne. Sur quoy, à la vérité, la dicte Dame et ceulx de son conseil ont faict de si béningnes responces, que les dicts depputés ont esté quelques jours en fort bonne opinyon de leurs affères, et ont cuydé qu'on dépescheroit incontinant ung milord devers le Roy d'Espaigne, mais il ne s'en parle plus. Et, depuis huict jours, mestre Huinter est revenu de la mer, qui a admené troys navyres d'Espaigne bien riches, tous chargés de leynes, qu'il dict avoyr recous des pirates, lesquelz, en lieu de les rendre, l'admiral d'Angleterre a obtenu qu'il les puisse, avec quelque argent, retyrer du dict Huynter, et qu'il en accordera, puis après, avec les dicts subjectz du Roy d'Espaigne, qui est ung acte qui offence griefvement les dicts depputés.

Cepandant le cavailier Geraldy poursuit d'accommoder le faict de Portugal, et desjà la pluspart des articles en sont accordés, qui n'est sans avoyr bien estréné aulcuns de ceulx qui gouvernent; et par là ceulx cy estiment qu'ilz se pourront passer du commerce d'Espagne. Sur ce, etc.

Ce xxxie jour de janvier 1572.

CCXXXIIIe DÉPESCHE

—du ve jour de febvrier 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Anthoine de la Poterne.)

Affaires d'Écosse.—Marie Stuart conservée sous la garde du comte de Shrewsbery.—Déclaration du conseil que l'évêque de Ross sera remis en liberté.—Incertitude sur le sort réservé au duc de Norfolk.—Négociation des Pays Bas.

Au Roy.

Sire, après que ceulx cy ont heu pensé et pourveu à la dépesche qu'ilz avoient à faire en France par l'homme de Me Smith, ilz ont tenu conseil sur les choses d'Escoce, ès quelles ilz ont advisé d'y pourvoir sellon l'occurance du temps, car, en premier lieu, ilz ont renvoyé le Sr de Cuninguen devers ceulx d'Esterlin, les persuader à l'abstinence de guerre pour deux moys, attandant l'yssue du tretté qui est encommancé avec Vostre Majesté, leur promettant que, par la conclusion d'icelluy, l'authorité du jeune Roy demeurera confirmée, ou bien que la Royne d'Angleterre ne leur manquera de secours et de forces pour la luy establyr par les armes. Après, ilz préparent de faire partyr, dès demain, mestre Randol devers ceulx de Lislebourg pour les exorter de se ranger à l'obéyssance du dict jeune Prince; et que, par ce moyen, ilz se vueillent mettre d'accord avec les aultres, avec promesses qu'ils seront restitués en leurs biens, maysons, charges et honneurs, et qu'ilz seront associés à l'administration et gouvernement, et tenus pour conseillers de l'estat, sellon leurs rengs et qualités, comme auparavant: et puis le maréchal Drury le doibt suyvre dans troys jours, pour aller, luy et milord Housdon, estre arbitres du dict accord, et estipulateurs des promesses qui se feront des deux costés, et pour confirmer aussy celles qui se feront à l'ung party ou à l'aultre de la part de ceste princesse. En quoy j'entendz qu'il emporte deux secrettes commissions; l'une, de dresser quelques forces en faveur de ceulx d'Esterlin, au cas que le dict accord ou l'abstinence ne succèdent; l'aultre, de convenir avec eulx d'avoir le comte de Nortomberland entre ses meins, ce que je creins estre au dommaige de l'évesque de Roz: dont je desire bien, Sire, que le Sr de Vérac puisse avoir receu vostre dépesche en ce qu'avec icelle je luy ay escript, du xxvie de l'aultre moys, premier que toutz ces dèmenés se facent. Mais ce, en quoy la contrariété s'est monstré plus grande en ce conseil, a esté de la personne de la Royne d'Escoce, à qui en demeureroit la garde, car ceulx, de qui l'opinyon est plus ordinayrement suivye, crioyent toutz, d'une voix, qu'elle debvoit estre menée plus en çà vers Londres, et estre commise à sir Raf Sadeller. A quoy le comte de Cherosbery, n'ozant ouvertement contredire, a seulement monstré que ce seroit un argument ou de n'y avoir bien faict son debvoir jusques icy, ou qu'on se deffieroit de luy pour l'advenir; et a l'on heu tant de respect à luy que, jeudy dernier, la Royne d'Angleterre, avec plusieurs parolles de confience, luy a confirmé la garde de la dicte Dame: dont incontinant il a préparé son congé, et, de peur qu'on changeât l'ordonnance, il est party, le lendemain de grand matin, pour s'en retourner en sa mayson, avec commission de renvoyer sir Raf Sadeller par deçà; qui n'est peu de bien ny petite consolation à ceste pouvre princesse en ung temps de si grand dangier.