J'ay entendu que l'évesque de Ross a esté escript au rolle de ceulx qu'on appelle icy indictes, qui doibvent estre menés en jugement, avec les deux secrettères du duc de Norfolc, en grand danger de condempnation de mort; mais j'ay envoyé, au nom de Vostre Majesté, faire ung office bien exprès pour luy envers ceulx de ce conseil, qui enfin m'ont respondu que la Royne, leur Mestresse, ne lui fera que tout honnorable trettement.
Mècredy dernier, et encores vendredy, l'on a, de toutes les partz de ceste ville, accouru à la Tour comme pour voyr l'exécution du dict duc de Norfolc, ce qu'on a estimé avoir esté faict à poste, pour essayer le cueur de ce peuple. Quelques ungs estiment que la dicte Dame se soyt ung peu modérée en son endroict, et ses amys font, soubz mein, ce qu'ilz peuvent, mais il a des ennemys qui procèdent tout à descouvert et bien redde contre luy. Dieu le vueille préserver.
Les depputés de Flandres sont attandantz les trente jours portés par la proclamation de la vente des marchandises, et avoir responce du duc d'Alve là dessus, après qu'il aura ouy l'ambassadeur d'Espaigne, qui doibt estre desjà arrivé devers luy. Il y a bien cinq semaines qu'il n'est venu aulcune dépesche du dict duc, et le dict ambassadeur a fait détenir à Gravellines, et sur le chemin, tous les pacquetz et postes qu'il a trouvés, et encores a faict arrester quelques angloys, à cause de son mestre d'ostel, qui a esté retenu prisonnier par deçà. J'ay sceu, à la vérité, que ceste grande flote de Flandres, sur laquelle don Francès d'Alava s'estoit embarqué, a esté contreincte par temps contrayre de venir relascher vers Dertemue, et que le dict don Francès n'a jamès voulu que le vaysseau, où il estoit, ayt abordé en nulle part de ce royaulme; dont les mariniers jugent, veu la grande tourmente qui a continué despuis, qu'il est allé périr ez costes de Bretaigne. Sur ce, etc. Ce ve jour de febvrier 1572.
CCXXXIVe DÉPESCHE
—du xe jour de febvrier 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de St Auban.)
Audience.—Communication de l'état de la négociation de Me Smith en France.—Discussion des affaires d'Écosse.—Lettre secrète à la reine-mère. Négociation du mariage du duc d'Alençon.—Nécessité de conclure le traité d'alliance avant de faire une proposition plus formelle.
Au Roy.
Sire, ma dépesche, du ve du présent, n'estoit guyères que dellivrée au courrier, quand celle de Vostre Majesté, du xixe du passé, m'est arrivée avec l'ample discours de tout ce que jusques alors a passé entre messieurs voz depputez et les ambassadeurs de ceste princesse, et avec les actes, par ordre, d'une chacune foys qu'ilz se sont trouvés ensemble. Sur quoy je suys allé me conjouyr avec la dicte Dame que le tretté me sembloit desjà fort advancé, de tant que le premier, et principal, et plus important de tous les poinctz, qui y estoient requis, estoit tout accordé, qui estoit le bon vouloyr des contractans: car Vostre Majesté trouvoit, par la procédure de Me Smith, que la volonté de la dicte Dame correspondoit si parfaictement à la vostre, et toutes les deux estoient si conformes à desirer ung ferme establissement d'amityé et une bonne confédération entre Voz Majestez et voz deux royaulmes, que vous ne vous déffiyés, à ceste heure, non plus de la sienne que vous vous assuriés et la priez d'estre très asseurée de la vostre; que desjà la forme du dict tretté estoit commancée par aucuns articles, ausquelz ne se trouvoit aucun différend quand à la substance, mais l'on n'avoit encores bien peu convenir des parolles; en quoy vous luy déclariez, Sire, que vostre vouloir et intention estoit qu'on s'abstînt de toute chose au dict tretté qui, en parolle ou en substance, peût tant soyt peu offancer la dignité de la dicte Dame et le repos de son estat, et qui peût mal sonner pour elle vers les aultres princes, ses voysins, ou vers ses propres subjectz; et qu'en semblable vous la priez d'avoir le mesmes vouloir vers vous; que, pour procéder plus honnorablement au dict tretté, vous aviez commandé à Mr de Montmorency d'y assister, par où elle pouvoit juger combien vous dellibériez d'aller franc et droict à la conclusion de cest affère; que, à la vérité, vous estiez assez esbahy que Me Smith n'avoit encore faict apparoir de son pouvoir, bien que voz depputez luy en eussent parlé, et ne feissent difficulté de luy monstrer le leur, qui seroit ung vouloir obliger Vostre Majesté, et qu'elle demeurast hors d'obligation, bien que vous ne pouviez penser qu'elle eust dépesché si loing un tel personnage pour commancer ung tel affaire, sans luy avoir donné commission et pouvoir par escript; que, des poinctz qui avoient esté debbatus ez premières conférences, je m'en remettois à ce que Me Smith luy en escripvoit, seulement je la supplyois d'avoir le réciproque respect que je luy disois ez choses de vostre réputation au dict treité, comme vous le vouliés avoir à la sienne, et de n'y faire apparoir les difficultés, impossibilité, ny uzer de longueur; car celle des partyes, qui en voudroit uzer ainsy, monstreroit de n'avoir jamais heu bon vouloir, et que ce n'auroit esté que mocquerie, derrision et fraude qu'elle auroit voulu uzer à l'aultre; ce que vous ne pouviez, Sire, ny voulyez penser de la dicte Dame; que le propos qu'elle m'avoit tenu de milord Flemy avoit produict l'effect qu'elle desiroit, car Vostre Majesté avoit mandé, par toutz ses portz, de ne laysser sortyr aulcuns gens de guerre pour Escoce, de quoy s'estant l'évesque de Glasco et les aultres seigneurs escoçoys infiniement pleinctz, vous leur aviez promis que, par l'yssue du trecté, leurz affères seroient accommodés et la paix de leur pays establie, et que cepandant vous vouliez dépescher ung gentilhomme de bonne qualité par dellà pour aller moyenner une abstinence d'armes entre les deux partys; dont, de tant que le dict gentilhomme ne tarderoit guyères à estre icy, je la supplioys de faire préparer celluy des siens qu'elle luy vouloit bailler adjoinct, car desiriez y procéder par une bonne et commune intelligence avec elle.
La dicte Dame, ayant recueilhy tout ce mien propos, lequel, en substance, n'a contenu rien davantaige que quelques parolles d'honesteté, m'y a respondu par le mesme ordre que je luy ay dict: c'est qu'elle tenoit, à la vérité, celluy premier poinct, de la bonne volonté, pour tant accordé que vous ne vous debviés rien moins promètre meintenant de la siène que de la vostre propre, comme elle ne se resjouyssoit aussy, en nulle chose de ce monde, tant qu'en l'assurance de celle que vous luy portiez; et que une de ses plus grandes envyes estoit qu'il se peult faire qu'elle veît Voz Majestez Très Chrestiennes affin de vous tesmoigner par la parolle ce qu'elle avoit en son affection; que sellon la jalousie qu'elle portoit aux choses de sa réputation, elle vouloit avoir tout esgard à la vostre, et ne se porter si inconsidéréement vers vous, qu'on la peût souspeçonner d'estre inconsidérée vers elle mesmes, qui sçavoit bien qu'elle ne pourroit éviter la tache de laquelle elle auroit recherché de vous entacher; qu'elle demeuroit fort contante que Mr de Montmorency fût en la commission du trecté, et s'en promettoit davantaige la bonne fin qu'elle en avoit tousjours espéré, car le sçavoit estre fort homme d'honneur, et bien fort affectionné à la paix de ces deux royaulmes; que Me Smith n'avoit point parlé sans commission, car avoit porté lettre d'elle à Vostre Majesté, et estoit fort excusable s'il n'avoit voulu monstrer son aultre pouvoir, mais, en temps et lieu, il ne se trouveroit en estre deffaillant. Au regard des difficultés qui se pourroient trouver en l'affaire, elle ne les feroit grandes de son costé, et vouloit, de bon cueur, touchant celles qui avoient apparu desjà que, si la généralité des parolles pouvoit suffire, sans exprimer le particullier, qu'on en uzât ainsy qu'il vous plairoit, bien qu'elle vous supplioit de considérer que l'expression de ce mot de religion, ainsy que ses ambassadeurs le requéroient, luy conservoit les aultres alliences, et que, sans icelluy, c'estoit bien, à la vérité, se joindre et unir à Vostre Majesté, mais se séparer de tous ses aultres confédérez; néantmoins que, de cella et des aultrez poinctz de la dépesche du dict Sr Smith, elle avoit donné charge à quelques ungs de son conseil d'en conférer avecques moy, et qu'elle me prioit que ce fût au plus tost, affin de satisfaire au dernier point de la longueur que je luy avois remonstré; car l'exemple du passé et ce qu'elle prévoioit bien encores de l'advenir, l'admonestoient de ne guères temporiser; finallement qu'elle vous remercyoit d'avoir arresté l'expédition de milord de Flemy, et qu'elle avoit envoyé, de rechef, en Escoce devers les deux partys pour les exorter à ung accord, sellon qu'ilz luy avoient desjà, des deux costés, donné promesse, par leurs lettres, qu'ilz l'accepteroient tel qu'elle vouldroit; dont ne voyoient que le gentilhomme, que y vouliés dépescher, y peût de beaucoup servir, néantmoins, puisqu'ainsy vous plaisoit, elle en estoit contante.