Il seroit long, Sire, à vous racompter le surplus qui a esté entre la dicte Dame et moy, dont suffira, s'il vous plaist, pour ceste foys, de ce dessus. Et vous adjouxteray seulement icy qu'ayant, incontinant après, parlé à milord de Burgley, je l'ay trouvé en assés bonne disposition vers les choses du tretté, et mesmes d'envoyer ung segond pouvoir à Me Smith, puysque, pour quelques considérations, il n'avoit ozé monstrer le premier; mais, quant aux difficultés où l'on s'estoit arresté jusques icy, qu'elles luy sembloient de plus grande considération qu'on ne les faysoit; dont m'en parleroit plus au long en nostre conférence. Et sur ce, etc. Ce xe jour de febvrier 1572.
J'ay remonstré à ceulx de ce conseil que Vostre Majesté avoit prié et faict prier Me Smith d'escripre par deçà que les deux mil escus me fussent rendus; mais milord de Burgley m'a asseuré qu'il n'en avoit encores rien escript, et a appellé à tesmoings en cella ceulx du dict conseil qui avoient veu ses lettres, mais quand il le manderoit, l'on mettroit peyne de satisfaire à vostre intention aultant qu'il seroit possible: dont vous supplie très humblement, Sire, d'en faire une recharge au dict Sr Smith.
A la Royne.
(Lettre à part.)
Madame, le propos de Monseigneur le Duc, votre filz, n'a esté seulement communiqué à milord de Burgley, ains milord de Bocaust, m'estant venu visiter, m'a compté que MMrs Smith et Quillegrey en avoient fort affectueusement escript, et le Sr de Vualsingam avoit mandé que la chose estoit bien fort faysable; mais le dict Boucaust, de sa part, me vouloit dire, ainsy qu'il m'avoit toutjour franchement parlé, qu'il le desiroit beaucoup plus qu'il ne voyoit aucun moyen de le pouvoir espérer, et m'a allégué des difficultés, de l'aage et de la taille, si grandes qu'avec l'infiny regret, qu'il m'a juré qu'il y avoit de son costé, il m'a quasy tout descouragé de n'en ozer plus parler du mien. Néantmoins en ayant refreschy le propos à milord de Burgley, avec l'assurance des mesmes advantaiges qu'il se pouvoit estre promis de Monseigneur, lequel, avec Voz Majestez, concorriés aultant grandement tous troys au bien de sa Mestresse et de ce royaulme, et encores au sien particullier, comme si le mariage se fust effectué en Mon dict Seigneur mesmes; il m'a respondu qu'il s'estoit advanturé d'en parler à la dicte Dame et qu'elle luy avoit dict soubdain—«Qu'encor que toutes aultres choses fussent bien convenables, que néantmoins la proportion des ans et de la taille estoit par trop inégale entre eux:» luy demandant combien il pouvoit estre grand: à quoy il avoit respondu qu'il pouvoit estre de sa haulteur;—«Mais de celle de vostre petit filz, dict elle, ainsy qu'on me l'a assuré.» A quoy il n'avoit ozé rien réplicquer, et attandoit le dict de Burgley que je luy fisse recouvrer l'eage et la mesure de Mon dict Seigneur le Duc, pour en pouvoir parler plus à certes, car il considéroit deux qualitez qui estoient plus propres en luy pour l'Angleterre que en Monseigneur: l'une, qu'il estoit plus esloigné que luy d'un degré de la couronne de France; et l'autre, qu'on disoit qu'il s'accommoderoit à la religion du pays. A quoy je luy ay respondu que la dathe de l'eage et la mesure de sa hauteur viendroient bientost, et que ce degré plus esloigné de la couronne estoit bien convenable à ce qu'ilz desiroient; mais, quant à la religion, je n'avois point entendu qu'il voulust changer la sienne, et croyois que la Royne, sa Mestresse, ne l'en vouldroit presser, bien que, possible, il se trouveroit ung peu moins scrupuleulx que Mon dict Seigneur, son frère.
Vostre Majesté pourra tirer des propos de Me Smith quelques aultres plus grandes conjectures de ce qu'on luy en aura respondu, car voyla, Madame, tout ce que je vous en puys mander pour le présent. Et me semble que le plus expédient est de faire que ceste princesse se sépare encores tant du Roy d'Espaigne qu'elle conclue la ligue avecques le Roy, car s'estant jectée ainsy ez bras de Voz Majestez, elle condescendra, puis après, beaucoup plus facillement à tout ce que vous desirerez, de peur et que ne l'abandonniés, et qu'il ne luy soit lors trop malaysé et trop dangereulx de retourner à la foy du Roy d'Espaigne; par ainsy, sera bon de supercéder ce propos, et presser celluy de la dicte ligue, laquelle s'en conclurra beaucoup plus advantageuse pour vostre costé. Le comte de Lestre m'a pryé de mettre en avant à sa Mestresse qu'il ayt commission d'aller conclure la dicte ligue, et la voyr jurer au Roy, sellon qu'il est plus françoys que nul aultre de ce royaulme; en quoy ne faut doubter, Madame, s'il y va, que vous n'effectués par luy le propos, si jamais il doibt recepvoir effect; et je sçay qu'il ne cerche rien tant au monde que la faveur et protection de Voz Majestez, et se pouvoir assurer d'icelle pour les accidentz qu'il creint luy advenir. Sur ce, etc.
Ce xe jour de febvrier 1572.
CCXXXVe DÉPESCHE
—du xiiie jour de febvrier 1572.—
(Envoyée jusques à la court par l'homme de Me Smith.)