Et si quelcun est trouvé coulpable ou manifestement négligent à cella, Sa Majesté leur faict entendre qu'ilz seront puniz avec telle sévérité que l'exemple en demeurera cy après aulx aultres pour se garder d'offancer en mesme cas.

Donné à Otlan le ııȷe jour d'aoust 1569, à l'unziesme an du règne de Sa Majesté.


LIIIe DÉPESCHE

—du XXIIe d'aoust 1569.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon.)

Arrivée en Angleterre des députés envoyés de Rouen pour traiter de la restitution des prises.—Bonne réception qui leur est faite.—Espoir qu'un accord ne tardera pas à être conclu.—Plainte de l'ambassadeur à Élisabeth, au sujet de l'armement des navires qui se continue, malgré l'arrêt qu'elle a ordonné.—Déclaration de la reine, que ces navires appartiennent au prince d'Orange, qui les fait armer pour se défendre contre le duc d'Albe, et qu'elle en a tacitement autorisé la sortie.—Prochain départ du conseiller Cavaignes, qui est remplacé par le sieur Dudoit en sa charge d'agent des protestants de la Rochelle.—Vives instances faites par l'ambassadeur auprès de la reine d'Angleterre en faveur de la reine d'Écosse.—Élisabeth annonce qu'elle y pourvoira, et que déjà elle a refusé de recevoir le message du comte de Murray.—Elle s'emporte en grande colère contre Marie Stuart, et menace de l'échafaud, en présence de l'ambassadeur, plusieurs des seigneurs de son conseil.—Préparatifs d'une nouvelle flotte qui semble destinée pour la Rochelle.—Les seigneurs d'Angleterre insistent de nouveau pour qu'une pacification se fasse en France.

Au Roy.

Sire, j'ay esté trouver la Royne d'Angleterre sur son progrès à Fernan Castel, qui est trente cinq mille loing d'icy, pour luy présenter les deux depputez de Roan, lesquelz elle a bénignement ouys; et, de tant qu'ilz venoient par vostre commission, elle les a admiz à luy baiser la main, et leur a dict en général qu'elle ne vous donroit l'advantaige de faire aulcune chose en faveur et proffict des Anglois, qu'elle n'en fît aultant ou plus, pour l'honneur de Vostre Majesté, en faveur des Françoys, et qu'ilz pourroient au reste, moy présent, proposer à ceulx de son conseil ce qu'ilz avoient à dire, lesquelz satisferoient aultant abondantment à leurs justes remonstrances comme par rayson et justice il seroit possible de le faire. Puys tretta de ce faict à part avecques moy, ensemble du chastiement des pirates et de la continuation du commerce; en quoy nous eusmes aulcuns petitz différans, lesquelz je incistay fort qu'ilz fussent reiglez sellon les trettez de paix, et conduysis le propos à luy toucher ung mot de l'impression de guerre, où je sçavois qu'on l'entretenoit, et qu'elle ne la vous debvoit aulcunement commancer, ny craindre aussi que Vostre Majesté, sans estre expressément provoquée, la luy commançeât; en quoy, pour monstrer qu'elle donnoit quelque lieu à ma remonstrance, elle me satisfit assés bien sur les particullaritez dont je luy avois parlé; ce qui me fit passer oultre à luy remonstrer davantaige bien vifvement, qu'après qu'à mon instance elle avoit commandé d'arrester les quatre ourques et trois aultres vaysseaulx qu'on avoit armez dans ceste rivière, l'on n'avoit layssé de les préparer et avitailler secrectement pour les getter du premier jour dehors: ce qui estoit grandement contre sa parolle et contre sa promesse.