A quoy elle me respondit que, sur la première remonstrance que je luy avois faicte là dessus, elle s'estoit enquise du faict de ces vaysseaulx et avoit trouvé qu'à la vérité l'homme du prince d'Orange, qui les armoit, avoit quelque entreprinse en main, mais elle la luy avoit rompue, et luy avoit cassé trois ou quatre centz soldatz, qu'il avoit toutz pretz et bien armez, et qu'elle s'estoit courroucée à son admyral d'avoir permiz cest armement dans ceste rivière, sans luy en avoir rien dict; mais qu'à présent ce n'estoit plus chose que je deusse craindre. Il est vray que luy ayant le dict homme du prince d'Orange faict aparoir qu'il avoit achapté les dictes ourques, et que c'estoit le ruyner du tout de les luy oster, elle luy permettroit de les admener sans faire semblant d'en rien sçavoir.

A cella je m'oposay bien ferme, et qu'elle debvoit penser, puys qu'il sortoit armé de ceste rivière, qu'elle seroit responsable de tout le mal qu'il feroit.

Elle me répliqua qu'il n'admèneroit poinct de gens de guerre, et qu'il n'yroit aulcunement contre voz pays ny subjectz, mais qu'il luy estoit besoing de se conduyre bien seurement pour doubte du duc d'Alve, qui l'avoit faict pilloriser en effigie, et ne failloit doubter qu'il ne le fît exécuter en personne, s'il le pouvoit prendre; et m'en parla en telle façon qu'elle ne me layssa moyen de l'en presser davantaige.

Bien sceuz je, avant partir du dict lieu, que aulcuns Françoys, qui avoient dellibéré se mettre ès dictes ourques, sollicitoient ung congé de s'aller embarquer ailleurs pour passer à la Rochelle, et qu'il leur avoit desjà esté ottroyé ung passeport pour quarante hommes seulement, mandant de les laysser sortir de ce royaulme avec leurs armes; dont, de tant que ceulx là se sont desjà acheminez hors d'icy, j'ay envoyé en divers lieux veoir où, et quant, et quel sera l'embarquement. Le conseiller Cavaignes est de la partie, au lieu duquel j'entendz que le Sr. Du Doict demeurera, icy, agent. Par ainsy se cognoist que le voyage des dictes ourques estoit premièrement entreprins pour aller descendre en France, dont, Sire, je vays ainsy peu à peu gaignant temps et tout ce que je puys envers ceste princesse; car, au demeurant, il y a ung apareil de guerre tout prest en son royaulme.

Je diz puys après à la dicte Dame, suyvant vostre lettre du xxıȷe de juillet, et suyvant plusieurs aultres de la Royne d'Escoce, que puysqu'elle avoit meintennant receu les amples déclarations de Voz Majestez Très Chrestiennes et celle de Monsieur, frère de Vostre Majesté, et de monsieur le Cardinal de Lorrayne, sur la seurté du tiltre de son royaulme; et receu aussi, d'aultre part, la déclaration que le comte de Mora luy avoit mandée pour faire perdre le sien à la Royne d'Escoce, je la suplioys, au nom de la dicte Dame, et très instantment de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes, qu'elle luy vollût promptement ottroyer la prévoyance et remède qu'elle luy avoit toutjour promiz. Sur quoy je luy admenay toutz les argumens que j'avois pour le luy persuader, et pour luy faire veoir que, comme c'estoit une entreprinse honnorable et utille, que aussi elle luy estoit nécessaire, et qu'elle ne pouvoit, ny debvoit plus la prolonger, ny aulcunement la reffuzer; aultrement qu'il failloit qu'elle la remît paysiblement ez mains de Vostre Majesté et vous mettriez peyne de l'exécuter, sellon que vous y estiez en plusieurs sortes bien fort obligé.

Elle se monstra aulcunement altérée et ung peu esmeue là dessus, et me respondit en propos amples, lesquelz seront trop plus convenables de vous estre récitez de bouche par ung des miens, que j'envoyeray bien tost devers vous, que de les mettre icy par escript; tant y a qu'en substance, elle me pria vous escripre qu'elle n'avoit encores eu loysir de veoir les déclarations, que luy aviez envoyées, lesquelles elle espéroit que seroient telles que je luy disois; et quant à celle du comte de Mora, qu'elle ne l'avoit vollue accepter, ny en tiltre de déclaration ny de responce, et avoit renvoyé son messaigier pour luy dire qu'il luy en eust à faire, tout promptement, une meilleure, ou qu'elle mesme se la feroit et pourvoirroit, sans luy, au faict de la Royne d'Escoce; et pourtant elle prioit Voz Majestez d'avoir pacience pour quinze jours seulement: car incontinent après, elle procèderoit en cest affaire d'une façon qu'elle espéroit ne debvoir estre que bien aprouvée de toutz les princes du monde; mais qu'elle me vouloit bien dire qu'elle avoit miz peyne d'estre plus que bonne mère à la Royne d'Escoce, là où elle, au contraire, s'estoit esforcée de faire plusieurs pratiques dans ce royaulme à son préjudice, et que celle qui ne vouloit bien user envers sa mère méritoit d'avoir une marastre; appelant là dessus ceulx de son conseil et monsieur l'évesque de Roz, ausquelz elle récita en françoys la plus part de ce que je luy avois dict, et pareillement la responce qu'elle m'avoit faicte, puys leur desduysit en anglois, en grand collère, aulcunes grandes pleinctes de la Royne d'Escoce, et menassa les plus habilles et les plus grandz de leur faire trancher la teste.

Je prins, quelque temps après, le propoz pour le ramener à doulceur, et pour aulcunement justiffier Voz Majestez et moy, vostre ambassadeur, de n'avoir jamais entendu en aulcunes sinistres pratiques, qui ayent peu tant soit peu altérer vostre commune amytié. A quoy elle me respondit, Sire, qu'elle vous en deschargeoit et moy aussi, et qu'elle sçavoit bien qui en estoient les coulpables.

Je me licentiay gracieusement de la dicte Dame, et me sembla, à veoir la contenance des principaulx d'auprès d'elle, qu'ilz estoient toutz esmeuz de ces propos, sur lesquelz monsieur l'évesque de Roz a despuys tretté avecques elle; et j'espère que bien tost je vous pourray mander tout ce qui aura succédé en cella, aydant le Créateur auquel je prie, etc.

De Londres ce xxıȷe d'aoust 1569.

Il semble que ceulx cy préparent encores une nouvelle flotte pour la Rochelle, sur quoy Vostre Majesté me commandera s'il fauldra que je m'y oppose, et que je leur offre que vous les ferez accommoder de vin et de sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme, aulx pareilles conditions qu'ilz les vont quérir au dict lieu.