A la Royne.
Madame, oultre ce que j'ay touché en la lettre du Roy des propoz que la Royne d'Angleterre m'a naguières tenu à Fernan Castel, j'aurois à vous faire entendre plusieurs particullaritez et discours, qui sont intervenuz là dessus entre elle et moy; mais, parce qu'ilz seroient longs à mettre icy, je vous diray seulement, Madame, que quant à la restitution des prinses, et chastiement des pirates, et continuation du commerce, elle et ceulx de son conseil ont monstré de me vouloir beaulcoup contanter, et ont depputé quatre bons et honnestes merchantz de cette ville pour convenir avec ceulx de Roan de toutes leurs difficultez; ès quelles, s'ilz correspondent d'effect à ce qu'ilz promettent de parolle, j'espère qu'on ne se despartira sans quelque accord, et avons cependant prolongé la mutuelle restitution jusques au prochain jour de St. Michel.
La dicte Dame m'a parlé du siège de Poictiers et de la remonstrance, que ceulx qui sont devant ont envoyé faire à Voz Majestez pour se justiffier de la continuation de ceste guerre sur la deffance de leur religion et de leurs vies, laquelle ilz disent estre très légitime; et ay cogneu qu'ilz avoient envoyé faire ung grand fondement de cella envers la dicte Dame, comme j'estime qu'ilz ont faict le semblable envers les aultres princes protestans; et semble que Mr. Norrys luy ayt envoyé une coppie de la dicte remonstrance, et qu'il luy ayt escript que monsieur le comte de Retz la vous avoit aportée. A laquelle remonstrance, parce que je ne l'avois veue, je n'ay respondu que ce que j'ay estimé convenir à l'honneur et grandeur de Voz Majestez; c'est que je craignois que vous ne trouveriez jamais bonne, ny vouldriez jamais accepter aulcune de leurs remonstrances, quelles humbles parolles qu'ilz y sceussent mettre, tant qu'ilz seroient en armes; et que j'estimois qu'il leur fauldroit venir à une vraye et parfaicte obéyssance de les poser d'eulx mesmes, pour se commettre à la foy, bonté et clémence de Vos dictes Majestez, ne faisant doubte que ne fussiez prestz d'en user lors très abondantment envers eulx.
Elle m'a répliqué qu'ilz estoient comme celluy qui avoit appellé d'Allexandre à Allexandre mieux conseillé, et qu'ainsy se commettroient ilz franchement et sans craincte à Voz Majestez, quant vous ne seriez plus conseillez de leurs ennemys, mesmement de ceulx qui sont hors de vostre royaulme; car ilz ne se pouvoient deffier de vostre bonne volonté et affection, qui estiez leurs vrays et naturelz Princes et Seigneurs.
Je luy ay respondu que, à la vérité, ilz n'avoient aulcun bon argument de se deffier; car despuys les premiers troubles, ès quelz ilz vous avoient assés offancez, ilz estoient souvant venuz au pouvoir de Voz Majestez, qui ne les aviez pourtant que bien trettez et toutjours essayé de les gaigner et attirer par doulceur. Et ce mesmes propos me fut, le mesmes jour, répété par le secrétaire Cecille, en présence des seigneurs de ce conseil, tout exprès pour oster de l'opinion d'aulcuns d'eulx qu'il n'y avoit rien de rebellion en ceste cause; à quoy incistant toutjour, de ma part, qu'ilz avoient donc à poser les armes et recourir à la clémence de Voz Majestez, eulx toutz de grand affection m'ont demandé quelle seureté ilz pourroient avoir de la clémence et bénignité, que vous leur prométriez. Je leur ay respondu que d'y demander seurté ilz y esteindroient le nom de clémence, et que je voyois bien que là gysoit le principal poinct; mais puysque Voz Majestez estiez de la partie, il estoit raysonnable que les principalles difficultez fussent remises en voz mains, et que vous eussiez, comme très légitimes et débonnayres princes, l'honneur et l'advantaige de les décider entre voz subjectz, et que la seurté seroit en l'honneur de vostre parolle, en la bonne estime que vouliez acquérir de toute droicture et intégrité envers les aultres princes, et en la foy, amour et confiance que vous desiriez que vos propres subjectz prinsent de vous. Il semble aulx propoz de la dicte Dame et des dictz seigneurs de son conseil qu'ilz souhaitent grandement de veoir réuscir quelque paix en vostre royaulme.
Touchant les affaires de la Royne d'Escoce, la dicte Dame a monstré qu'elle estoit aulcunement irritée et offancée contre elle, en quoy au moins elle ne trouvera que je y aye en rien mal meslé Voz Majestez, ny mené aultre pratique en cella que d'avoir toutjour franchement et droictement procuré envers elle et les seigneurs de son conseil, et envers toutz ceulx que j'ay cognuz bien affectionnez à la dicte Dame, le bien, et la liberté, et la restitution d'elle à sa couronne. Je ne sçay ce qui aura succédé despuys mon partement de ceste court, mais il m'a semblé d'y avoir layssé les choses assés altérées pour cause de cest affaire; lequel est pour produyre enfin quelque nouveaulté en ce royaulme.
Les esmotions d'Irlande, à ce que j'entendz, vont toutjour grossissant, et commancent de donner peyne et soucy à ceste Royne. Elle a encores prolongée l'audience à l'ambassadeur d'Espaigne, et cependant le duc d'Alve a faict republier aulx Pays Bas une plus estroicte exclusion, que devant, de tout traffic avec les Anglois. Sur ce, etc.
De Londres ce xxıȷe d'aoust 1569.
Nicollas, le corrier, qui a accoustumé de servir ordinairement en ceste charge, me presse de luy donner congé parce qu'il dict n'avoir, longtemps y a, rien receu de ses gaiges, et de tant qu'il faict en ce temps assés besoing icy, il vous plairra, Madame, le faire aulcunement contanter.