J'entendz que sire Charles Havard a raporté à la dicte Dame ung grand contantement du debvoir, qu'il a faict envers la Royne d'Espaigne, et des honnestes propos, que la dicte Royne d'Espaigne l'a enchargé de dire à la dicte Dame de sa part, ayant accepté, avec toute affection, le présent qu'elle luy a envoyé, et ayant faict donner une chayne de mil ducatz au dict Havart, et une aultre ung peu moindre à son vis admyral, et encores dix aultres chaynes aulx capitaines des dix navyres. Sur ce, etc.

Ce xvıe jour d'octobre 1570.

POUR FAIRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ oultre ce dessus:

Que, par aulcunes lettres, que la Royne de Navarre et Messieurs les Princes, ses filz et nepveu, et Mr l'Admiral ont escriptes par deçà, et par des parolles et démonstrations, dont Mr le cardinal de Chatillon a usé, en prenant congé de ceste court, la Royne d'Angleterre et les siens demeurent assez persuadez que la paix de France sera de durée.

Et y sont confirmez davantaige par la réputation, qui court, que le Roy a prinz une ferme résolution de vouloir que, en cest endroict. et toutz aultres, où sa parolle interviendra, qu'elle ayt à estre très certaine et véritable, et que la Royne et Monseigneur, frère du Roy, interposent, par une bonne intelligence, si fermement leur conseil et authorité à cella, qu'il n'est en la main de nul aultre de le pouvoir rompre.

Et a raporté le Sr de Valsingan, qu'encor que le mariage des deux filles de l'Empereur avec le Roy et le Roy d'Espaigne, et l'intelligence que ung chacun présumoit demeurer toutjour secrecte entre la Royne et Mr le cardinal de Lorrayne, et l'authorité de Monseigneur, frère du Roy, lequel après avoir mené la guerre et heu plusieurs victoires contre ceux de la nouvelle religion, ne comporteroit jamais qu'ilz demeurassent dans le royaulme, fussent trois occasions qu'aulcuns remarquoient pour réputer la paix fort douteuse; néanmoins ilz jugeroient, à ceste heure, que c'estoit par la vraye et parfaite intelligence de la Royne, et de Monseigneur, et de Mr le cardinal de Lorrayne, et de toutz les Princes avecques le Roy, que la dicte paix se randroit plus ferme et plus estable; et que mesmes le conseiller Cavaignes luy avoit dict qu'il s'en promettoit une bien longue continuation, et en plus d'advantaiges pour eulx que les articles ne portoient.

Ce qui a remiz en réputation les affères du Roy en ce royaulme, et croy que de mesmes ilz en sont relevez ailleurs, car l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, despuys la première foys qu'il me raporta le jugement, que le duc d'Alve faisoit de la dicte paix, comme s'il l'estimoit pleyne de dangier pour la Chrestienté, il dict meintennant qu'il ne faict doubte que le Roy et son prudent conseil ne l'ayent cogneue nécessaire, et qu'il faut que Sa Majesté Très Chrestienne la rande utille, et luy face produyre, non seulement pour luy et pour son royaulme, mais aussi pour ses voysins et pour toute la Chrestienté, ung vray repos.

Et s'est le dict ambassadeur curieusement enquiz à moy de deux choses: l'une, si je sçavois que Mr le cardinal de Chatillon eust parlé en ceste court de tranférer meintennant la guerre, qui est achevée en France, au pays de Flandres; et de cella il a vollu que j'en aye sondé le dict Sr cardinal, quant il est venu en mon logis, lequel m'a tout franchement respondu, qu'il pourrait estre qu'il en eust parlé comme d'ung commun souhait, que toutz ceulx de sa religion y avoient; mais non qu'il en vit l'entreprinse bien preste; et j'en ay satisfaict le dict ambassadeur.

Et l'aultre chose, qu'il m'a demandée, est si j'avois entendu pourquoy le Roy avoit faict renforcer la garnyson de Péronne, de St Quintin et des aultres villes de Picardie, et changé celle de Callais, monstrant que le duc d'Alve en avoit prins quelque souspeçon; à quoy je luy ay respondu que le Roy n'avoit en cella que renvoyé les garnysons en leurs lieux accoustumés, car l'on les en avoit tirez, durant la guerre, pour s'en servir au camp, et que meintennant il distribuoit en ses frontières ses gens de guerre pour plus sollager son royaume et pour ne demeurer pourtant désarmé.

Et, en la mesmes conférance, icelluy sieur ambassadeur, me magniffiant grandement la ligue[14] qui a esté faicte entre le Pape, le Roy Catholique, son Maistre, et les Véniciens contre le Turc, m'a dict que le Roy, son Maistre, s'estimoit estre miz hors par icelle de tout le dangier de la guerre du dict Turc, et qu'il n'avoit qu'à contribuer seulement au secours accordé, dont se trouvoit fort adélivré pour mettre bientost fin à la guerre des Mores, et pour entendre aulx choses de Flandres, d'Allemaigne et du costé de deçà;