Que le dict ambassadeur pensoit que l'Empereur enfin entreroit en la dicte ligue, comme il en avoit une fort grande vollonté, mais il desiroit le fère par aprobation de la diette, affin d'obliger les estatz d'Allemaigne à la contribution et au secours de la dicte guerre.
Et a adjouxté que, si le Roy Très Chrestien y vouloit entrer et quicter la pratique du Turc, retirant son ambassadeur qu'il a près de luy, qu'il s'aquerroit ung grand nom et une grande louange envers le Siège Apostolique et envers toute la Chrestienté; et, quant il ne bailleroit que quatre gallères de secours, que son nom et la réputation de la couronne de France y en vauldroient cent.
Je luy ay respondu que ceste ligue estoit faicte pour la conservation des estatz, qui estoient exposez aulx entreprinses du Turc, et que l'Empereur avoit rayson d'y entrer pour l'ocasion des siens, aussi bien que le Pape et le Roy, son Maistre, et les Véniciens, car toutz ensemble y estoient bien fort intéressez, et leurs dicts estatz y couroient de grandz dangiers; mais que Dieu avoit constitué le Roy et son royaulme en lieu, qui estoit tout gardé des incursions du Turc; par ainsy qu'il n'avoit à fère ligue deffencive contre celluy qui ne l'assailloit, ny le pouvoit assaillir; et seroit en vain consommer ses forces et ses deniers pour aultruy, et entrer en une guerre non nécessaire; mais que je croyois bien que, quant toutz les princes chrestiens conviendroient en une entreprinse de ruyner l'Empire du Turc et amplier la Chrestienté, et que le Roy y verroit quelque bon fondement, que ce seroit luy le premier qui y employeroit sa propre personne et ses forces, aussi bien qu'avoient faict ses prédécesseurs.
Laquelle rayson le dict ambassadeur a monstré d'aprouver, et a adjouxté que possible n'estoit on pas trop loing d'une si grande et vertueuse délibération; et puys a continué me dire que les Anglois, pour ne pouvoir bien entendre toutz les secretz de la dicte ligue, la tenoient pour fort suspecte, comme, à la vérité, j'ay sceu qu'iceulx Anglois discourent entre eulx, qu'ayant le Pape passé si avant que d'avoir ouvertement interdit cette Royne et son royaulme, et estant le Roy d'Espaigne fort offancé des dicts Anglois, et les Véniciens assés mal contantz des prinses et déprédations de l'année passée, qu'il est à croire qu'on n'a dressé ceste ligue dans Rome, sans y incérer quelque article bien exprès contre l'Angleterre, et que le général de la mer qui a esté créé par icelle, qui est don Juan d'Austria, aspire bien fort à l'entreprinse.
Néantmoins, le duc d'Alve entretient les dicts Anglois en une si ferme opinion de l'amytié du Roy, son Maistre, qu'ilz s'en tiennent trop plus que bien asseurez; et semble que, ny luy de son costé, ny eulx du leur, ne s'ennuyent de laysser encores les choses en suspens, sans aultrement les esclarcyr, parce que le temporiser vient à propos pour chacun, bien que possible non guières pour les Mestres ny pour leurs estatz, mais pour ceulx qui les manyent; et m'a l'on asseuré que le dict duc a offert à ceste Royne de luy envoyer dix mil hommes de guerre, pour la servyr en ses affères, qu'elle pourroit avoir dans son royaulme, ou bien contre l'Escoce, si elle en a besoing: mais qu'elle n'a accepté ny l'ung ny l'aultré, ny ne demeure pour cella trop dellivrée du souspeçon qu'elle s'est conceue du dict duc.
J'entendz que milord de Sethon, estant arrivé en Envers, a soubdain envoyé demander audience à icelluy duc jusques à Bergues, lequel s'est excusé de la luy pouvoir si tost bailler, pour estre fort empesché à l'embarquement de la Royne, sa Mestresse; dont le dict de Sethon, ne voulant prolonger les matières, luy a envoyé incontinent les lettres des seigneurs d'Escoce et une coppie de son instruction, mais le duc ne s'est hasté pour cella de luy rien respondre, ains l'a remiz à quant il seroit en Envers, que le conseil du pays y seroit assemblé; et cependant il l'a faict convyer à dyner par le marquis de Chetona, où le secrétaire Courteville s'est trouvé, avec lesquelz il a heu grand conférance; et despuys il a envoyé icy demander qu'est ce qu'il aura à respondre, si le dict duc requéroit d'avoir la Royne d'Escoce entre ses mains, ou qu'elle y veuille mettre le Prince d'Escoce son filz; s'il inciste qu'elle ne se marye sans le conseil du Roy Catholique, et qu'elle veuille entrer en ligue avecques luy, sans exception d'aulcune aultre ligue; s'il demande avoir quelques portz et places au pays, pour la retrette de ceux qu'il y envoyera; et finallement, s'il requiert que la réduction de la religion catholique soit faicte en tout le royaulme, et que l'aultre en soit chassée, et toutz ceulx qui en sont.
En quoy semble que le dict de Courteville ayt desjà touché toutz ces poinctz au dict de Sethon, et, quoy que soit, on m'a bien baillé pour chose asseurée que maistre Jehan Amelthon, qui a résidé despuys quinze moys, ordinairement, près du dict duc d'Alve, a esté naguières envoyé par icelluy duc avec deux aultres gentishommes, ung italien et ung espaignol, jusques en Escoce, pour recognoistre quelque commode descente; et que le dict Amelthon leur a monstre les ports et villes de Montroz et Abredin.
Quant, après plusieurs miennes instances et de Mr l'évesque de Roz, la Royne d'Angleterre eust, à la fin de septembre, commandé au secrétaire Cecille, et à maistre Mildmay, d'aller devers |a Royne d'Escoce, elle ne se peult tenir de jetter quelques motz de jalouzie des perfections de sa cousine, demandant au dict secrétaire, s'il se lairroit point gaigner à elle, comme les aultres, qui l'avoient veue; dont il tomba en ung merveilleux doubte que le voyage luy fût pernicieux, et escripvit dez lors à ung sien amy qu'il s'en excuseroit, s'il luy estoit possible, ce qui donna à penser, estant incontinent après devenu mallade, qu'il le contrafaisoit, mesmes qu'il ne se sentoit estre bien vollu de la dicte Royne d'Escoce, et n'estimoit pouvoir raporter honneur de ceste négociation; tant y a que, ne voulant qu'ung aultre l'eust, il dellibéra de veincre toutz ces doubtes et difficultez, mais, premier que de partir, affin d'oster toute souspeçon à sa Mestresse, il dressa les articles de son instruction, ainsy durs qu'ils sont contenuz en la lettre du Roy, et les communica à la dicte Dame, qui les aprouva, et puys au conseil, où quelques ungs luy remonstrèrent qu'il seroit bon de les modérer, affin qu'ilz ne malcontentassent par trop ceste princesse, et qu'ilz fussent aprouvez des aultres princes; mais il respondit qu'on luy layssât manyer cest affère, lequel il entendoit très bien, et le conduyroit à bonne fin, à l'honneur de sa Mestresse et de son royaulme; et qu'il feroit que la Royne d'Escoce et les princes, ses allyez, ne seroient que bien ayses d'en passer par là. Tant y a qu'estant sur le lieu, Mr de Roz m'a mandé qu'il monstre d'avoir une grande vollonté de conclurre le tretté, et qu'il espère que le retour du Sr de Valsingan, sur lequel l'on luy avoit faict une dépesche, seroit cause de luy fère modérer les dures condicions de sa première instruction.
Et m'a le dict sieur évesque mandé davantaige que creinct que les seigneurs escossois, partisans de sa Mestresse, commençant de n'espérer guières nul secours de France, condescendront à telles condicions de tretté qu'on leur vouldra imposer; et que quelques ungs sont desjà après à s'acommoder à l'authorité du comte de Lenoz; ny l'arrivée du Sr de Vayrac ne les a peu tant confirmer qu'ilz veuillent demeurer davantaige en doubte, ny mettre plus en hazard leurs vies et leurs biens.
Tant y a que le lair de Granges, cappitaine de Lislebourg, a mandé que, s'il playt au Roy fère descendre mille harquebuziers seulement ez quartiers, du Nord d'Escoce, qu'il rechassera le dict de Lenoz et les Anglois plus loing que Barvich, et réduyra la ville de Lislebourg à l'obéissance de la Royne sa Mestresse, et qu'il ne sera plus parlé que de l'alliance de France en tout le royaulme d'Escoce.