CXLe DÉPESCHE

—du XVIIe jour d'octobre 1570.—

(Envoyée exprès par ung des miens, jusques à Calais.)

Communication officielle des articles proposés à Marie Stuart.—Nécessité de remontrer à la reine d'Angleterre qu'elle ne peut enlever à la France l'alliance de l'Écosse.

Au Roy.

Sire, vous ayant escript, du jour de hier, assés amplement toutes choses de deçà, ceste cy n'est que pour dire à Vostre Majesté comme, ce matin, Mr l'évesque de Roz m'a envoyé, en grand dilligence, les articles[15] que les depputez de la Royne d'Angleterre ont baillez à la Royne d'Escoce, sa Mestresse, me priant de lui envoyer, tout incontinent, le messagier avec ma responce et mon adviz là dessus; et que je veuille considérer que le moindre dilay ou empeschement, qui puysse intervenir en cest affère, est ung extrême détriment à sa dicte Mestresse; mais qu'il mettra peyne d'entretenir la matière en suspens, jusques à ce que ma response arrive, et qu'il est tout certain, si l'on fault ceste foys de conclurre quelque chose, que la dicte Dame et ses affères, et ceulx de son royaulme, demeurent déplorez et hors de tout remède pour jamais. Sur quoy, Sire, j'ay esté en grand peyne, car le faict me semble d'un costé si important, que je ne me doibz ingérer de rien dellibérer ny respondre sur icelluy, sans exprès commandement de Vostre Majesté, et, de l'autre, je voys ceste pouvre princesse en si dangereux estast, que le moindre retardement peult admener une extrême ruyne sur elle et sur son royaulme; dont, en telle extrémité, j'ay prins expédiant de respondre premièrement au dict sieur évesque, en la meilleur façon que j'ay peu, sellon le peu de loysir qu'il m'a donné d'y penser, et d'envoyer tout aussitost à Vostre Majesté les dicts articles et ma dicte responce, affin qu'il vous playse, en mesmes dilligence, me remander vostre bon commandement; lequel je mettray peyne, aultant qu'il me sera possible, d'exactement accomplyr; et j'espère qu'on ne s'opiniastrera du tout à toutes les conditions des dicts articles, ayant desjà faict office, là où j'ay cogneu en estre besoing, pour les fère modérer; et je sçay que ce que Voz Majestez en ont fermement et vertueusement mandé, par le Sr de Valsingan, à ceste Royne, en fera bien rabattre quelque chose. Tant y a que Vostre Majesté verra s'il seroit bon que, faisant appeller l'ambassadeur d'Angleterre en sa présence, et luy monstrant d'estre bien ayse de la continuation du tretté, vous lui faysiez tout clairement entendre que vous ne pourriez tout ensemble meintenir l'amytié avecques la Royne, sa Mestresse, et veoir qu'elle s'esforçât de vous soubstraire l'alliance d'Escoce; et que, de tant que vous avez entendu que ceulx, qui dressent le tretté, y aspirent, que vous l'avez bien vollu exorter d'advertyr sa Mestresse qu'elle se veuille déporter d'entreprendre une telle offance contre vous; laquelle vous ne pourriez comporter, attandu mesmement que vous n'avez désiré ny procuré que tout bon accord entre elle et la Royne d'Escoce, et bonne paix entre leurs deux royaumes, pourvu que ce ne soit au préjudice de vostre dicte alliance. Sur ce, etc.

Ce xvııe jour d'octobre 1570.

CXLIe DÉPESCHE

—du XXVe jour d'octobre 1570.—