Ce xıve jour de novembre 1570.
CXLVe DÉPESCHE
—du XIXe jour de novembre 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Olivier.)
Retard apporté à la négociation du traité concernant la reine d'Écosse.—Mission de lord Seyton, dans les Pays-Bas, auprès du duc d'Albe.—Demandes faites au duc de la part de Marie Stuart.—Nouvelles des Pays-Bas et de la Moscovie.
Au Roy.
Sire, j'ay de nouveau faict entendre à la Royne d'Angleterre que les longueurs, qu'elle avoit uzé, et qu'elle continuoit d'user, ez affères de la Royne d'Escoce, vous avoient donné grande ocasion de parler ainsy ferme, comme vous aviez faict, à son ambassadeur, et d'essayer, à la fin, si pourrez accomplyr ce que franchement vous luy en avez dict; laquelle s'est excusée que le retardement n'est cy devant provenu, ny encores ne provient, de son costé, ains de celluy de la Royne d'Escoce et de ses depputez, qui ne sont encores arrivez, et qu'elle ne voyt pas comme l'on puysse bonnement procéder à fère le tretté sans eulx, et sans ceulx du contraire party; et n'y a heu nulle rayson, ny offre, qui l'ayt peu mouvoir de ceste opinion parce, à mon adviz, qu'elle a promiz à ceulx du dict contraire party de ne fère rien, qu'elle n'ayt premièrement pourveu à la seureté du jeune Prince d'Escoce et à celle d'ung chacun d'eulx. Et ainsy nous sommes attendans l'arrivée d'iceulx depputez, desquels je n'ay encores nulles bien certaines nouvelles, sinon que le comte de Lenoz a escript qu'il avoit ottroyé de bailler saufconduict à ceulx du bon party, et qu'il nommeroit les siens aussitost qu'il sçauroit qui sont les aultres, affin d'en envoyer de semblable qualité; et que cependant il dépeschoit l'abbé de Domfermelin, lequel, pour ceste occasion, est attandu, d'heure en heure, en ceste court.
Je prends quelque argument, Sire, de l'intention de la dicte Dame, qu'elle a vollonté d'en sortyr, sur ce que Mr Norrys l'ayant fort instantment requise de luy donner son congé; et s'estant le secrétaire Cecille desjà miz à dresser la dépesche du Sr de Valsingan pour luy aller succéder, elle a considéré que, s'il partoit sur ce poinct, Vostre Majesté pourroit concepvoir quelque mauvaise espérance des affères de la Royne d'Escoce, tant pour le changement d'ambassadeur, que pour le souspeçon que ce nouveau leur fût trop contraire; dont elle a mandé au Sr Norrys d'avoir patience jusques à ce que les dicts affères soient achevez. Bien m'a l'on dict qu'il a renvoyé en dilligence ung des siens, pour remonstrer à la dicte Dame que le dillay seroit par trop long; car dict qu'il n'espère veoir les affères de la dicte Royne d'Escoce jamais accommodez, tant que certaine occasion durera en France; laquelle, Sire, je n'ay pas encores bien sçeu quelle elle est, et semble aussi qu'il l'ayt mandée assés en général; car l'on m'a dict que plusieurs y font diverses interprétations. Cependant Mr de Sethon, qui est en Flandres, m'a escript que, si ung certain pacquet, que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, m'avoit adressé pour luy, luy eust esté randu pour se pouvoir expédier du duc d'Alve, qu'il fût desjà devers Votre Majesté; et, à la vérité, Sire, le dict pacquet a esté, par mesgarde, aporté, dez le xxvıȷe du passé, par mon secrétaire jusques à Paris; dont j'estime qu'il l'aura meintenant receu.
Et voycy, Sire, ce que j'ay entendu de la négociation du dict de Sethon, qu'il a esté ouy à part, et puys en conseil, par le duc d'Alve, sur les trois poinctz, pour lesquelz il estoit envoyé principallement devers luy: le premier, pour avoir le secours, qu'il leur avoit souvant promiz, le quel le dict de Sethon offroit de conduyre en lieu seur, où il pourroit commodéement descendre, et où l'assistance des Escouçoys et des Anglois catholiques, et tout bon entretennement et bonne retrette ne luy deffauldroit dans le pays; le second, pour recepvoir dix mil escuz, que le dict duc avoit accordé à la Royne, sa Mestresse, pour la fourniture des chasteaulx de Lislebourg et Dombertran; et le troisiesme, pour le prier d'interdire de mesmes le commerce aulx Escouçoys en Flandres, que Vostre Majesté le leur a prohibé en France à ceulx, qui ne sont du party de la Royne, sa Mestresse. Sur quoy, le dernier jour du moys passé, Mr de Noerguerme a esté envoyé devers luy pour luy fère la responce que, touchant le secours, le duc y estoit très disposé, lequel avoit trouvé son offre et ses autres expédiantz fort convenables à l'entreprinse; mais l'importance d'envoyer une armée de mer en pays estrangé estoit si grande que l'exprès commandement du Roy, son Maistre, y estoit requis, auquel il en avoit desjà escript; et pourtant il falloit attandre sa responce, laquelle ne tarderoit guières; que touchant les dix mil escuz, de tant que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, avoit escript au dict duc que la Royne d'Escoce luy dépeschoit ung homme exprès, avecques un pacquet, pour l'advertyr en quelle sorte elle entendoit qu'on ordonnast de la dicte somme, qui est, Sire, le susdict pacquet qui a esté apporté à Paris, qu'il prioyt le dict de Sethon d'avoir pacience jusques au quatriesme du présent, que le messagier pourroit estre arrivé, dedans lequel jour, l'on la luy feroit fornyr contante. Au regard du troisiesme, de tant que le commerce d'Angleterre estoit fermé, et si l'on restreignoit encores celluy d'Escoce, il en pourroit venir grand détriment aulx Pays Bas, le dict duc, premier que d'y rien ordonner, en avoit vollu escripre au Roy, son Maistre, duquel il feroit bientost entendre son intention, tant sur cestuy que sur le premier article au dict de Sethon. Et semble, Sire, que icelluy de Sethon ayt escript à sa Mestresse qu'on l'avoit faicte plus espérer du secours du dict duc qu'il n'a trouvé qu'elle en eust occasion, et que icelluy duc ne pense plus que à quicter les choses pour se retirer en Hespaigne.
Maistre Jehan Amilthon a continué une négociation séparée de celle du dict Sr de Sethon avec le dict duc, dont monstrent n'y avoir bonne intelligence entre eulx. C'est luy qui a conduict les deux gentishommes espaignolz en Escoce pour visiter la descente, et les a faict parler au comte d'Honteley, et les a promenez et festiez en divers lieux dans le pays.