Au surplus, Sire, l'on a appellé, despuys trois jours, les principaulx merchans de ceste ville à Hamptoncourt pour le faict de Roan et pour celluy des Pays Bas. J'entans, quant à celluy de Roan, qu'on me baillera la responce par escript sur ce que j'en ay remonstré à la Royne d'Angleterre; et, quant à l'aultre, que le comte de Lestre et le secrétaire Cecille, si aultre empeschement ne survient, en yront conférer avec l'ambassadeur d'Espaigne, lequel a desjà escripte la lettre à la dicte Dame, dont, par mes précédantes, je vous ay faict mencion; et presse l'on, de chacun costé, bien fort l'accommodement de ces différans. A quoy sert beaucoup le mauvais trettement qu'ont naguières receu les merchans anglois en Moscouvie, où ilz pensoient dresser quelque grand commerce; mais l'ambassadeur moscovite, qui naguières estoit par deçà, s'en estant retourné mal satisfaict de ce pays, a faict emprisonner tous les Anglois, qui se sont trouvez au sien, et a faict arrester leurs merchandises. Le susdict ambassadeur d'Espaigne s'est conjouy en ceste court des bonnes nouvelles qu'il a heu, que la guerre des Mores avoit du tout prins fin[20]. Quelcun, à ce que j'entans, luy a escript que le duc de Medina Celi diffère sa venue en Flandres jusques en janvier, et qu'il a la vollonté de passer en France. Sur ce, etc.
Ce xıxe jour de novembre 1570.
CXLVIe DÉPESCHE
—du XXVe jour de novembre 1570.—
(Envoyée par Jehan Monyer jusques à Calais exprès.)
Déclaration du roi à l'ambassadeur d'Angleterre concernant l'Écosse.—Irritation causée à la reine d'Angleterre par les menaces du roi.—Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth est bien décidée à éviter la guerre.—Instance faite auprès d'elle pour l'engager dans l'alliance d'Espagne.—Succès des efforts de l'ambassadeur, qui parvient à empêcher l'exécution de ce projet.—Assurance de dévouement au roi donnée par Walsingham, désigné pour l'ambassade de France.—Remontrance faite par l'ambassadeur à la reine d'Angleterre des motifs qui doivent forcer le roi à secourir, même par les armes, la reine d'Écosse.
Au Roy.
Sire, entendant que Mr Norrys, par sa dernière dépesche, avoit rafreschy à la Royne, sa Mestresse, les mesmes propos, qu'il luy avoit auparavant escript, qu'il trouvoit en Vostre Majesté une ferme résolution de secourir la Royne d'Escoce, et que vous continuez d'user de parolles et démonstrations fort expresses en cella, j'ay miz peyne de sçavoir comme la dicte Dame le prenoit; dont aulcuns, qui desirent la modération des affères, m'ont mandé qu'elle se trouvoit toute scandalizée qu'allors que, pour vous complayre, elle avoit envoyé deux de ses principaulx conseillers devers la Royne d'Escoce, pour donner commancement à ung bon tretté, et qu'à vostre instance elle avoit envoyé retirer son armée de sur la frontière d'Escoce, c'estoit lors proprement qu'il luy sembloit que vous aviez délayssé la voye, que vous aviez toutjours tenue, de procéder en cest endroict par gracieuses prières et honnestes remonstrances, pour y aller meintennant par une aultre façon de la menacer, et de rudoyer son ambassadeur; et qu'encores ne se sentoit elle si piquée de ce que vous en aviez dict de vous mesmes, qui aviez parlé en Roy, ainsy qu'il luy avenoit bien à elle de parler quelquefoys en Royne, comme de ce que vostre conseil avoit trouvé bon qu'il en fût escript une lettre bien expresse et bien considérée à son dict ambassadeur; et qu'elle se résolvoit de ne fère rien par menaces, et de monstrer à tout le monde que, si elle condescendoit à quelque accord en cest endroict, ce ne seroit que par le seul bénéfice de sa bonne vollonté envers vous, et de sa propre bonté envers la Royne d'Escoce, et que toutz aultres effortz et instances ne servyroient que d'empyrer et retarder davantaige la besoigne.
D'aultres, qui cognoissent assés bien son intention, m'ont faict dire qu'encor qu'elle ayt parlé ainsy devant ceulx de son conseil, affin d'estre estimée princesse de cueur, comme, à la vérité, elle l'est, si a elle monstré, en d'aultres siens propos, à part, qu'elle vouloit évitter, en toutes sortes, d'avoir la guerre à Vostre Majesté; et que c'estoit par voz vertueuses responces et par voz démonstrations et appareilhz, qu'elle avoit passé si avant à tretter, et que, sans cella, il y en a assés qui l'eussent bien engardée d'y toucher, et la destourneroient encores d'y prendre jamais aulcune bonne résolution; par ainsy, qu'ilz estimoient que toute la ressource et restablissement de ceste pouvre princesse, et de son royaulme, concistoit en la seulle faveur et assistance, que Vostre Majesté luy feroit; dont semble qu'entre deux si contraires adviz le plus expédiant sera de suyvre une voye de millieu.