Et, à ce propos, Sire, ayant une foys la dicte Dame faict dellibération d'envoyer ung des plus grandz d'auprès d'elle en France, ainsy qu'elle mesmes m'en avoit touché quelque mot, pour honnorer, à son pouvoir, les nopces de Vostre Majesté, et la venue de la Royne Très Chrestienne; et mesmes ayant pensé que ce seroit le comte de Lestre, comme plus agréable à Vostre Majesté, affin de fère en cella quelque démonstration, qui correspondît à celle de l'honnorable convoy, qu'elle a faict fère, avec grande magnifficence et grande despence, par dix grandz navyres de guerre, à la Royne d'Espaigne, j'ay sceu que quelques malicieulx luy sont venuz mettre en avant qu'il y avoit grand apparance que le dict comte ne seroit bien receu; et que Vous, Sire, aviez donné à cognoistre, en l'endroict de Mr Norrys, que ses aultres ambassadeurs seroient peu respectez, dont debvoit considérer combien elle demeureroit moquée et offancée, si, à ung tel et si grand des siens, comme le dict de Lestre, n'estoit faicte la faveur et bon recueilh et bon trettement qu'elle s'attandoit; s'esforceans d'imprimer à la dicte Dame, bien qu'au plus loing de leur affection, qu'elle debvoit, par toutz moyens, retourner à la bonne intelligence du Roy d'Espaigne; et qu'allors elle n'auroit à se craindre de la France, et pourroit, à son playsir, disposer de la Royne d'Escoce. Sur quoy, voyantz qu'elle ne rejettoit le propos, ilz ont essayé de l'induyre à donner audience a Mr l'ambassadeur d'Espaigne sur l'occasion d'une lettre, qu'il luy a escripte; et semble bien, Sire, que si, de mon costé, j'eusse aultrement usé envers elle que sellon qu'il vous avoit pleu me le commander, sçavoir, de la plus gracieuse et modeste façon qu'il me seroit possible, qu'elle s'y fût condescendue, et heust du tout résolu de n'envoyer point en France et d'interrompre possible les affères d'Escoce; mais elle s'est tenue ferme à ne vouloir encores rien céder aulx choses d'Espaigne; et croy que si, du costé du duc d'Alve, ne vient quelque honneste satisfaction, que les différans auront plus empyré que amandé, d'y avoir faict cest essay, ayant la dicte Dame mandé à son depputé, qui est en Flandres, que, si le duc ne veult admettre la compensation des merchandises et prendre celles d'Angleterre au priz qu'elles ont esté vandues, qu'il s'en viegne, avec résolution qu'aussitost qu'il sera icy, l'on procèdera à la vante de celles d'Espaigne. Dont chacun estime que le dict duc plyera à ce poinct, et qu'il envoyera, pour cest effect, nouveaulx depputez par deçà; bien que l'entrecours et le commerce d'entre les deux pays n'est pour estre encores radressé.

Cependant le propos de n'envoyer poinct en France, et d'interrompre le tretté de la Royne d'Escoce, n'a poinct heu lieu; et a remiz la dicte Dame d'y dellibérer, dont j'ay esté conseillé de fère là dessus une petite négociation par lettre avec Mr le comte de Lestre, affin de luy bailler argument d'en parler à sa Mestresse. Je ne sçay encores ce qui en réuscyra; tant y a que, ayant moy mesmes à parler, dans ung jour ou deux, à elle, sur l'occasion de la dépesche de Vostre Majesté, du vıe du présent, qui m'est tout présentement arrivée, je mettray peyne de rabiller les choses, le plus que je pourray.

Le Sr de Valsingan est venu, ce dimenche passé, prendre son disner en mon logis, et m'a dict que Mr Norrys avoit tant faict qu'il avoit obtenu son congé, et que à luy estoit desjà résoluement commandé, par la Royne, sa Mestresse, de s'aprester pour luy aller bientost succéder; mais qu'elle n'avoit encores ordonné à l'ung le jour de son retour, ny à l'aultre celluy de son partement; et que, pour le peu d'establissement, qu'on disoit que la paix prenoit en France, qu'il n'ozoit y admener encores sa femme; jusques à ce qu'il eust veu sur ce lieu, comme il en alloit. A quoy je luy ay si bien respondu, jouxte le contenu de ce qu'il vous avoit pleu m'en escripre, qu'il en est demeuré aultrement persuadé; et au reste, Sire, il jure et promect d'estre ambassadeur paysible près de Vostre Majesté; et de ne cercher aultre chose, en sa charge, que les moyens d'accroistre et augmenter davantaige l'amytié d'entre Vous et la Royne, sa Mestresse, et la bonne paix d'entre voz royaulmes et subjectz. Sur ce, etc.

Ce xxve jour de novembre 1570.

A la Royne.

Madame, par la lettre, que j'escriptz présentement au Roy, Voz Majestez verront comme la Royne d'Angleterre se répute estre mal trettée et ung peu rudoyée de certains propos, qui ont esté dictz et escriptz à son ambassadeur, touchant les affères de la Royne d'Escoce; et n'a pas long temps qu'elle me dict qu'il sembloit que Voz Majestez Très Chrestiennes fussent constituées entre elles, comme alliez à toutes deux, mais tenans l'oreille, qui devoit estre ouverte de son costé, toutjour bouchée, et celle du costé de la Royne d'Escoce très prompte et toutjour fort ententive à toutes ses pleinctes; et que vous ne vous portiez en cella ainsy égallement, comme l'équité et la rayson le requéroient.

A quoy je luy respondiz que, à la vérité, l'une et l'aultre vous debvoient compter pour leurs principaulx alliez et confédérez; et que, pour le regard d'elle, veu le bon estat de ses affères, Voz Majestez n'avoient à fère aultre office, en son endroict, que de vous conjouyr de sa prospérité, et luy offrir ce qui pouvoit estre en vostre puyssance, pour meintenir et acroistre sa grandeur, comme, à toute occasion, vous seriez prest de le fère; mais, quant à la Royne d'Escoce, je craignois bien fort que ceulx, qui la voyoient ainsy captive et deschassée de son estat, comme elle est, ne vous estimassent beaucoup plus abstreinctz par les trettez de pourchasser chauldement sa liberté et restitution que vous ne le faisiez; et, quant elle vouldroit considérer ung peu de plus près cest affère, et la despence que vous aviez desjà commancée pour préparer, dez l'esté passé, ung secours, et l'avoir, pour l'amour d'elle, despuys révoqué, et d'en entretenir meintennant ung aultre, sans l'envoyer, pour attandre le tretté; tant s'en fault qu'elle se deubt tenir offancée de Voz Majestez, que, au contraire, elle réputeroit vous avoir de l'obligation de l'honneste et modeste façon, dont vous y aviez procédé; et dont vous luy déclariez encores tout franchement la contraincte nécessité, que vous aviez, d'entreprendre quelque aultre essay, comme vous le pourriez fère, au cas qu'elle vollût rejetter celluy de voz honnestes prières et gracieuses remonstrances.

Ainsy la dicte Dame se modéra pour lors, et proposa d'envoyer le comte de Lestre devers Voz Majestez, pour fère la conjouyssance des nopces du Roy et de la venue de la Royne, vostre belle fille, et accommoder, par mesmes moyen, le faict de la Royne d'Escoce; mais quelcun, despuys, en a traversé le propos; dont j'en suys aulx termes, que je mande en la dicte lettre du Roy; et essayeray, Madame, à ceste prochaine audience, de rabiller le faict, et de moyenner, en quelque bonne sorte, si je puys, que le dict voyage du comte de Lestre, ou au moins de quelque aultre milor, ne soit interrompu, si toutesfoys Vostre Majesté me faict entendre qu'elle l'ayt agréable. Sur ce, etc.

Ce xxve jour de novembre 1570.

CXLVIIe DÉPESCHE