Et n'ay raporté, pour ceste foys, aultre chose de la dicte Dame sinon que noz propos se sont terminez gracieusement, et j'ay sceu despuys qu'ilz ont eu beaucoup d'effect à la modérer sur tout ce qui peult concerner vostre commune amytié et les affères de la dicte Royne d'Escosse. Sur ce, etc. Ce xxxe jour de novembre 1570.

POUR FÈRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu des lettres:

Que d'aulcunes choses, dont la Royne d'Angleterre est en peyne, il y en a principallement trois, qui, à ceste heure, la travaillent: l'ellévation à quoy se sont monstrez promptz ceulx de Lenclastre, où elle n'ose toucher, de peur que le mal n'en deviegne plus grand et plus universel en son royaulme; la seconde est les affères de la Royne d'Escosse, lesquelz sont suportez du Roy, et soubstenuz avec tant d'affection par une partie de ses subjectz, et contradictz si opiniastrément par l'aultre, mesmement par les évesques et principaulx de la nouvelle religion, qu'elle ne sçayt quel expédiant y prendre; la troisiesme est les différans des Pays Bas, desquelz tant plus l'accord s'en prolonge, plus les prinses se dépérissent, et elle s'en tient comme responsable, et les commerces cessent, desquelz avoit accoustumé de tirer les meilleurs et plus clairs revenuz;

Et, qui pis est, qu'il semble que ces trois causes se vont confortant l'une à l'aultre, et qu'elles sont pour devenir toutes à ung: à fère quelque grand effect dans ce royaulme, dont la dicte Dame assemble souvant ceulx de son conseil pour y remédier; et je ne sçay encores quelles résolutions ilz y mettent, parce qu'ilz les tiennent fort secrectes, mais voycy ce que j'ay aprins de particulier sur chacune des dictes occasions, d'où se pourra aucunement colliger à quoy elles auront à devenir.

Un seigneur bien entendu ez affères de ce royaulme, qui naguières estoit en conversation avec d'aultres personnaiges de bonne qualité, en ceste ville, leur dict que la Royne, leur Mestresse, estoit à présent fort particullièrement informée de ce qui se passoit au quartier de Lenclastre; et que ung des principaulx autheurs de l'entreprinse en estoit venu descouvrir si véritablement tout ce qui en estoit, qu'il n'avoit espargné d'acuser son propre père, et avoit esté enfermé quatre heures avec le secrétaire Cecille, pour luy notiffier les personnes, et luy expécifier les dellibérations, et luy ouvrir encores les moyens d'y remédier;

Et que, sellon son rapport, sembloit que le comte Dherby, deux de ses enfans, et la pluspart de la noblesse du pays se fussent ouvertement soubstraictz de l'obéyssance de la dicte Dame, et eussent déclairé de ne vouloir plus respondre à sa justice, ny obéyr à chose qui se fit par son autorité, allégans que Dieu et leur conscience les pressoient de ne recognoistre pour leur Royne et Souveraine celle qui estoit déclairée illégitime et interdicte par l'esglize, jusques à ce qu'elle se fût mize hors de l'interdict; et que c'estoit sir Thomas Stanlay, second filz du dict Dherby, qui conduysoit principallement cest affère, lequel se promettoit d'avoir toutz les principaulx de ce royaulme de son parti, hormiz le comte de Betfort, le comte de Huntington et le duc de Norfolc, parce que ceulx là estaient l'un épicurien, l'aultre sacrementaire, et le tiers neutre; et que la dicte Dame estoit pour demeurer en grand peyne de cecy, si de Lenclastre mesmes l'on ne luy eust mandé qu'elle ne s'en donnât poinct de peur, car il restoit encores des gens de bien en si grand nombre dans le pays qu'ilz romproyent ayséement les entreprinses de ces papistes.

J'ay entendu d'ailleurs que ung gentilhomme, que les dicts de Lenclastre avoient envoyé devers aulcuns seigneurs des quartiers de deçà, leur a dict qu'ilz se mettroient trente ou quarante mil hommes assés promptement ensemble, si eulx se vouloient déclairer ouvertement de leur party; et que iceulx seigneurs luy ont respondu qu'ilz ne pouvoient rien fère de eulx mesmes, si le duc de Norfolc n'estoit de la partie, lequel estoit encores dettenu, et ne monstroit qu'il eust vollonté de rien remuer.

Laquelle responce semble que, sans en rien communiquer au dict duc, ilz l'ayent ainsy expressément faicte à icelluy gentilhomme pour ne se descouvrir à nul anglois, car ilz ne se fyent les ungs des aultres; et que néantmoins semble qu'ilz sont assez délibérez et résolus à l'entreprinse, pourveu qu'elle soit conduicte secrectement, et que le dict duc en veuille estre, et donner parolle qu'il advancera le droict de la Royne d'Escosse au tiltre de ce royaulme, et qu'il promettra que l'exercice de la religion catholique aura cours pour ceulx qui la vouldront avoir; car aultrement ilz aymeroient mieulx que la Royne d'Escosse print le party du plus estrangier du monde que le sien; mais, cella accordé, qu'ilz tiendront l'entreprinse pour bien, fort advancée, en ce que le Pape, et le Roy, et le Roy d'Espaigne les veuillent secourir de six mil harquebouziers seulement, en six divers lieux, qui soient conduicts par gens, qui ne sachent en façon du monde où ilz vont.

Aulcuns estiment que le duc de Norfolc n'accepteroit que très vollontiers les dictes deux conditions, mais il ne peult fère aulcun bon fondement sur ceulx qui se meslent de l'entreprinse, s'estant trouvé une foys trop déceu en celle de son mariage; et aussi, qu'estant encores resserré, il estime, possible, qu'il ne se pourroit assés bien prévaloir de ses propres moyens.

Et d'ailleurs il se sent assés offancé d'aulcunes choses, que les principaulx de son intelligence ont exécuté contre luy, despuys sa détention, mesmement le viscomte de Montagu, lequel a faict tout ce qu'il a peu en faveur de millord Dacres, de qui il a espousé la sœur, pour débouter la niepce, qui est maryée au filz ayné du duc, de toute la succession Dacres; et millord de Lomelay, qui a espousé la fille du comte d'Arondel, de laquelle il n'a poinct d'enfans, voyant que toute la succession de son beau père va au filz ayné du dict duc, qui est filz d'une aultre sienne fille, il l'induict de vendre, pièce à pièce, tout son estat et ses terres; dont n'y a bonne intelligence entre les principaulx, qui sont pour fère quelque effect. Par ainsy semble qu'il seroit mal à propos de rien remuer, et le dict duc, de sa part, fonde toute son espérance des affères de la Royne d'Escosse, au secours et démonstrations du Roy; duquel il dict qu'il veult dépendre, et qu'il espère qu'avec une bien médiocre assistance de luy, les choses d'Escosse viendront à estre bien remédiées, et ne trouve bon que la dicte Royne d'Escosse ny luy s'embroillent avec les dicts de Lenclastre, lesquelz néantmoins se promettent du dict duc et des aultres principaulx seigneurs du royaulme, et encores des estrangiers, tout secours, quant il en sera besoing; et, attandans cella, ilz ne remuent rien, ny ne sont pareillement recerchez.