Au regard des affères de la Royne d'Escosse, les depputez, qui ont esté devers elle, ayant faict un très bon rapport des propos et démonstrations, dont elle leur a usé, tendans à une bonne paix et sincère amytié, sans fraulde, entre les deux Roynes et leurs royaulmes, ilz ont ayséement induict la dicte Royne d'Angleterre de vouloir venir en accord; laquelle a miz en considération ce que aulcuns aultres de son conseil luy ont remonstré, qu'elle avoit desjà beaucoup despendu pour les choses d'Escosse, sans avoir rien estably de ce qu'elle prétandoit, et que, quant ceulx du party de la dicte Royne d'Escosse ne viendroient estre qu'à moictié prez secouruz du Roy, de ce que le comte de Mora et celluy de Lenoz l'ont esté d'elle, que non seulement ilz déboutteroient leurs adversayres, mais pourroient procurer une dangereuse revenche contre l'Angleterre.

Ce qui a faict que la dicte Dame s'est fort opposée à ceulx qui vouloient interrompre le tretté, lesquelz n'ont heu enfin aulcun plus fort argument que de luy remonstrer que, puysque le Roy s'affectionnoit si fort à le pourchasser, elle debvoit croyre qu'il y prétandoit quelque grand intérest, qui ne se descouvroit encores, lequel pourroit bien revenir au dommaige d'elle; et que, quant bien il n'y auroit, à présent, sinon ce, qu'il l'a menacée, et qu'il a rudoyé son ambassadeur, encores importoit il grandement à sa grandeur et réputation qu'elle ne fist rien pour ceste foys.

Et a cella faict tant d'impression en l'opinion de la dicte Dame qu'elle s'est cuydée estranger de l'amityé du Roy, et se despartyr de tout bon propos d'avec la Royne d'Escosse. Néantmoins, en ma dernière audience, après avoir paysiblement escoutté tout ce que je luy ay vollu dire là dessus, conforme à l'intention du Roy, en la plus gracieuse façon et esloignée d'offance qu'il m'a esté possible, elle m'a enfin respondu ce qui est desduict en la lettre du Roy.

Dont ceulx qui sont contraires au tretté, voyantz qu'elle inclinoit toutjour de passer oultre, ont advisé de l'abstraindre, par la conscience, de ne le vouloir aulcunement fère, que, premier, la Royne d'Escosse n'ayt expressément promiz et fort solennellement juré qu'elle n'innovera rien en la religion, quant elle sera de retour en Escosse, ny pareillement en ce royaulme, si, d'avanture, elle y vient à succéder; et nous a esté raporté qu'ilz avoient encores passé oultre à dellibérer sur la vie de ceste pouvre princesse; dont en estant venu un tel advertissement à l'évesque de Roz, et s'estant là dessus la dicte Dame trouvée bien mal, nous avons esté en grand peur d'elle, et avons miz peyne que d'icy luy a esté envoyé aulcuns bien bons remèdes en fort grande dilligence.

Or, de ce qui se peult espérer de l'yssue de son faict, je l'ay assés desduict par toutes mes dépesches précédentes, et par celle de ceste datte, et que, nonobstant mes traverses, et empeschemens qu'on y faict, qu'il y a grande apparance que le tretté succédera avec le temps; et que l'abbé de Domfermelin, lequel, à ce qu'on dict, est venu devant, de la part du comte de Lenoz, pour l'interrompre, ne pourra sinon le retarder quelque peu de jours.

Quant aulx différans des Pays Bas, ceulx qui ont senty que la dicte Dame se tenoit offancée du costé de France, luy sont venuz mettre en avant qu'en toutes sortes elle debvoit retourner à l'intelligence du Roy d'Espaigne, et ne se soucyer de toutz les aultres accidans du monde. A quoy l'ayans trouvée en général fort bien disposée, ilz ont espéré de la pouvoir fère condescendre à ce particullier, de recepvoir une lettre de l'ambassadeur d'Espaigne, et de fère qu'elle luy randroit responce, ou luy accorderoit audience, ou bien envoyeroit quelques ungs du conseil pour tretter avecques luy; et, à la vérité, ilz ont trouvé moyen de luy fère bien recepvoir la dicte lettre, en laquelle le dict ambassadeur s'est seulement conjouy avec elle de ce que la Royne d'Espaigne, après avoir esté honnorablement convoyée par ses navyres, est arrivée à bon port le IIIJe du mois passé; et n'a touché aulcun autre poinct. Mais, quant il a esté question d'avoir la responce, et de passer plus avant avec le dict ambassadeur, elle a respondu qu'il suffizoit, pour ceste heure, qu'on dict à son secrétaire qu'elle avoit receu sa lettre, et avoit esté bien ayse, comme elle le sera toutjour, d'entendre toutes bonnes nouvelles de la Royne d'Espaigne, sa bonne sœur.

Sur quoy aulcuns se sont entremiz d'accommoder, et les aultres de traverser l'affère, qui enfin est demeurée en ce, que, si l'ambassadeur avoit quelque lettre de son Maistre pour la dicte Dame qu'il la luy envoyât, et elle adviseroit d'entrer en si bon tretté avecques son dict Maistre, qu'elle donroit à cognoistre de n'avoir heu jamais aultre desir que bien conserver son amytié; et que desjà elle luy avoit escript trois lettres, despuys ces différans, à nulle desquelles elle n'avoit esté respondue, et qu'il importoit beaucoup à sa réputation qu'elle ne parlât ny escripvît plus en ceste affère, jusques à ce qu'elle eust de ses nouvelles.

Et n'a rien servi de remonstrer à la dicte Dame que le dict ambassadeur pouvoit avoir des lettres de son dict Maistre, lesquelles ne luy estait loysible de présenter que par luy mesmes; car a respondu que si son Maistre ne la pryoit, par une sienne bien expresse lettre, de luy redonner sa présence, qu'elle ne l'y admettra jamais; et qu'il feroit bien d'en envoyer ung aultre, car la souvenance des choses qu'il avoit escriptes d'elle, et de ce qu'il s'estoit meslé de l'eslévation du North et de la bulle, ne permettoient qu'elle le peult avoir jamais agréable.

Et, sur ceste résolution, elle n'a plus vollu différer d'escripre à son depputé en Flandres, que, si le duc d'Alve ne vouloit admettre la compensation des merchandises, et prendre celles d'Angleterre pour le priz qu'elles ont esté vandues par dellà, qu'il s'en vint; et que, aussitost qu'il seroit icy, il seroit procédé à la finalle vante de celles d'Espaigne, dont s'entend que le Sr Thomas Fiesque sera de rechef dépesché pour venir accorder ce poinct; et que le duc d'Alve ne s'y opiniastrera; et, quant au principal faict de l'entrecours, que le Sr Ridolfy passera bientost devers icelluy duc, pour mettre en avant quelque bon expédiant.

CXLVIIIe DÉPESCHE