—du VIe jour de febvrier 1571.—
(Envoyée exprès jusques à la court par le Sr de Vassal.)
Négociation concernant Marie Stuart.—Congé accordé par la reine aux fils du comte de Dherby.—Concession faite par le pape au roi d'Espagne du royaume d'Irlande, sous la condition d'y rétablir la religion catholique.—Entreprise préparée par les Espagnols pour s'emparer de ce pays.—Lettre secrète à la reine-mère. Négociation du mariage du duc d'Anjou.—Mémoire. Nouvelles d'Allemagne.—Projet des protestans de faire une entreprise contre les Pays-Bas.—Affaires d'Écosse.—Mémoire secret. Détails circonstanciés et confidentiels sur la proposition de mariage du duc d'Anjou.
Au Roy.
Sire, s'estant la Royne d'Angleterre bien trouvée de sa santé en ceste ville de Londres, d'où le grand yver a chassé toute souspeçon de peste, elle s'est résolue d'y passer le reste du caresme prenant, et, à ceste cause, s'est allée loger en sa mayson de Ouesmestre, où l'on radresse les lisses pour le tournoy, dont je vous ay cy devant escript; ayant remiz la dicte Dame de ne descendre à Grenvich jusques à environ la my mars, que noz amys de ceste court nous donnent grand espérance que les affaires de la Royne d'Escosse seront, entre cy et là, accommodez, nonobstant les grandz empeschemens que les comte et comtesse de Lenoz s'esforcent d'y mettre; qui, despuys huict jours, ont donné entendre qu'il y avoit une entreprinse dressée en Escosse pour venir enlever la dicte Dame du lieu où elle est, et l'aller remettre par force en son estat. De quoy est advenu que le comte de Cherosbery l'a faicte despuis fort observer, et luy a usé ceste rigueur qui l'a faicte recheoir en fiebvre, mais l'on y a remédié le mieulx et par le plus sage moyen qu'on a peu. Les depputez de l'aultre party s'espèrent en ce lieu, dans cinq ou six jours, et n'est possible que plus tost qu'ilz arrivent nous puissions aulcunement advancer le tretté. Ceulx qui portent icy ce faict m'ont prié, Sire, de vous advertyr en dilligence que milord Boucard a commission expresse de vous en parler et de remander incontinent par deçà vostre responce, et tout ce qu'il aura pu noter de vostre intention en cella, affin que, sellon qu'il vous y aura cogneu ou remiz, ou affectionné, l'on procède icy ou froydement, ou bien avecques effect, au dict tretté; dont Vostre Majesté luy pourra user des mesmes parolles vertueuses et modestes qu'il a faict jusques icy, affin de consommer l'honnorable œuvre, qu'avez commancé, de la restitution de ceste princesse, qui touche assés à Vostre Majesté et à la réputation de vostre couronne; et aussi pour obvier aulx inconvéniens qu'à faulte de ce pourroient cy après survenir.
Les deux filz du comte Derby, nonobstant qu'on les ayt advertys de ne demander leur congé, n'ont layssé d'instantment le pourchasser; et leur est advenu ce qu'ilz avoient pansé, qu'on ne le leur auzeroit reffuzer, dont, après que la Royne leur a faict quelque réprimande, et les a heu admonestez de se mieulx déporter pour l'advenir, avec quelque difficulté de ne leur bailler sa main à bayser, elle les a licenciez.
Au surplus, Sire, aulcuns seigneurs catholiques de ce royaulme me viennent d'advertyr qu'ilz ont tout freschement receu nouvelles de Rome, comme le Roy d'Espaigne a envoyé proposer au Pape l'offre que Estuqueley luy a faicte du royaulme d'Yrlande, de la part de ceulx du pays, qui sont prestz de le recepvoir, et comme il n'y a vollu entendre, sans la concession de Sa Saincteté, comme de celluy, de qui relève, de droict, icelle couronne; et que Sa dicte Saincteté luy en a desjà envoyé son consens avec permission d'entreprendre, au nom de Dieu, ceste conqueste, en ce qu'il restablyra la religion catholique au dict pays; et que le dict Roy est dellibéré d'y faire descendre bientost, ou du costé d'Espaigne ou de Flandres, dix mil hommes. Je ne sçay encores si les dicts seigneurs catholiques ont encores descouvert rien de cecy à leur Royne; tant y a que je ne vois pas qu'il se face nul préparatif pour y résister: et l'ambassadeur d'Espaigne m'a curieusement enquiz comme il alloit de ces Brethons, qui estoient descenduz au dict pays, et en quoy en estoit la plaincte, que la Royne d'Angleterre m'en avoit faicte. A quoy je luy ay respondu, sellon l'intention que j'ay estimé qu'il me le demandoit. Et a l'on opinion, Sire, qu'affin que ceulx cy ne souspeçonnent rien de l'entreprinse, et qu'ilz ne preignent nulle deffiance du Roy d'Espaigne, le duc d'Alve les va entretenant d'ung grand artiffice sur l'accord des merchandises, lequel pourtant se monstre enveloupé chacun jour de nouvelles difficultez. Sur ce, etc.
Ce vıe jour de febvrier 1571.
A la Royne.
(Lettre à part.)