C'est que, si voyez qu'elle puisse quelque chose pour les réduyre à de bons termes de paix, avec la conservation de vostre authorité et réputation, et avec toutz les advantaiges qui doibvent estre réservez à ung roy et prince souverain, qu'elle est preste de s'y employer en la mesme forme qu'elle desire demeurer establie sur ses propres subjectz, et non à rien moins que cella. En quoy s'il luy pouvoit apparoir que eussiez offert aulx vostres, non toutes les condicions qu'ilz voudroient, mais quelques unes, honnestes et tollérables, pour satisfère à leurs consciences, et d'autres pour les rendre aulcunement assurez contre les justes meffiances que vous mesmes jugés bien qu'ilz ont occasion d'avoyr, et qu'ilz ne s'en voulussent contanter, qu'elle les réputeroit lors substretz de la droicte religyon pour entrer en une manifeste rébellion contre Dieu et contre leur prince naturel, et comme telz elle ayderoit, de tout son pouvoir, à les chastier et réprimer.

De quoy l'ayant bien fort remercyé avecques une suyte de toutz les honnestes propos que j'ay estimez convenir à l'expression de vostre bon desir à la paix, sans m'arrester nullement à son offre, sinon de l'assurer que je le vous signiffieroys le plus près que je pourrois des mesmes termes qu'elle me l'avoit dicte, je luy ay satisfaict à ce qu'au reste elle m'a demandé: s'il n'y avoit poinct cependant suspencion d'armes? Que véritablement non, et que j'entendoys que Mr de Bellegarde estoit devant Livron avec une bonne armée et vingt canons; et Mr le maréchal de Retz devant Riez, en Provence, avec une aultre armée et avec une aultre bonne bande d'artillerye; et le duc d'Uzès avec d'autres bonnes forces vers l'autre part de Languedoc; et Mr le maréchal de Monluc avec d'autres en la Guyenne; et Mr de Montpensier continuoit le siège de Lusignan en Poictou: de sorte que Vostre Majesté avoit cinq armées aulx champs, et estiez prest d'introduyre encores bien d'autres grosses levées de reytres et de suisses, et estrangers, et joindre de très grandes forces de voz subjectz pour remédyer, par ce violent moyen, à la trop ostinée opiniastreté à voz subjectz, si les remèdes de vostre clémence et doulceur n'y pouvoient estre applicquez.

De quoy la dicte Dame s'est donnée beaucoup d'admiration, d'où, ny commant, après tant de ruynes et de calamités de vostre royaulme, vous pouvoient maintenant survenir tant de grands et esmerveillables moyenz. Et a adjouxté qu'elle vous prioit, sur toutes choses, de ne vouloir essayer l'extrémité, parce qu'après icelle n'y avoit plus, de ressource. Et puis a faict venir à propos de me dire que, depuis huict jours en çà, je l'avoys cuydé remettre en la mesme détresse qu'elle estoit, lorsque la feue Royne, sa seur, luy faisoit fère son procès dans la Tour sur des parolles qu'on avoit mal entendues d'elle; et qu'elle me pouvoit dire qu'encores jamays elle n'avoit, à son escient, intéressé l'honneur de gentilhomme ny de dame, qui fût au monde, et que pourtant je pouvois croyre qu'elle n'avoit touché ny entendu toucher, en façon que ce fût, à celluy d'une telle princesse comme la Royne, vostre mère; mais qu'elle n'avoit peu fère de moins, pour l'honneur et révérance du feu Roy, son père, que de dire qu'il n'avoit esté honnorable à elle de se mocquer de luy, si, d'avanture, elle l'avoit faict; et qu'elle verroit quelle interprétation elle y voudroit donner.

Je luy ay respondu que, à dire vray, j'estois, l'autre foys, party bien troublé de sa présence, ayant entendu des parolles qui tendoient, d'ung costé, à blasmer la Royne, vostre mère, et par conséquent Vostre Majesté mesmes, et, de l'autre, à mettre de l'altération en vostre mutuelle amityé; et que pourtant j'avoys cherché quelque radresse en cella, mais qu'à présent je demeuroys le plus satisfaict gentilhomme du monde, et me soubscripvois à ce qu'elle m'en avoit mandé, et à ce que présentement elle m'en disoit; dont espérois que bientost il luy viendroit aussy à elle tant de satisfaction, de cest endroict, que les mauvais rapportz en resteroient convaincus. Et suis passé à luy fère une petite négociation pour la Royne d'Escoce, et luy présenter une lettre qu'elle luy escripvoit, et une très belle coyfure de réseil, qu'elle luy envoyoit, fort mignonement ouvrée de la main mesmes de la Royne d'Escosse, avec le collet et manches, et aultres petites pièces appartenantes à cella, que la dicte Dame a eu autant agréables qu'il est possible. Et pense avoyr réduit les choses, entre elles, à quelques bons termes, pour n'estre besoing, Sire, que touchiez rien à l'ambassadeur d'Angleterre du changement qu'elle creignoit, jusques à ce que je vous en auray autrement escript. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1575.

Par postille à la lettre précédente.

Ceste princesse et les principaulx de son conseil m'ont si instamment pryé de remémorer à Vostre Majesté la promesse qu'avez faicte à milord de North, touchant l'affère de Me Warcop, que je vous supplie très humblement, Sire, d'y vouloir fère regarder, et luy pourvoyr; car, avec l'équité de sa cause, il est gentilhomme de mérite, et qui est fort bien veu et bien fort estimé de la Royne, sa Mestresse, et de toute sa court.

A la Royne

Madame, je suis retourné, ceste foys, si satisfaict de la Royne d'Angleterre, des honnestes et vertueux propos qu'elle m'a tenuz de Vostre Majesté, et de l'obligation qu'elle dict avoyr de vous aymer et respecter par dessus toutes les aultres princesses de la Chrestienté, et de la ferme créance qu'elle veut avoyr, attandu les honnorables offres d'amityé et d'alliance qu'elle a eues plus expresses de vous que de nul autre prince ny princesse qui vivent, qu'il ne peut estre que vous l'ayez volue offancer ny injurier, en vous mocquant et faisant ceste dérision, qu'on luy a dict du feu Roy, son père. Et a si bien rabillé ce que la collère et l'instigation d'autruy luy pouvoient avoyr faict advancer quelque parolle, que j'estime, Madame, s'il vous plaist luy escripre ung bon mot, de vostre main, sur l'interprétation de ce qui peut avoyr esté faict en cella; et que Vostre Majesté l'assure qu'il n'y a eu rien en dérision ny mocquerie d'elle ny du feu Roy, son père, que toutes choses se réduyront entre vous deux en aussy bons termes qu'elles ont esté jamays. Et de tant que cella ne peut estre, en ce temps, ny pour quelles occasions qui puissent survenir, sinon très commode et de beaucoup d'utillité aulx affères de Voz Majestez Très Chrestiennes, et au bien de vostre royaulme, je vous supplye très humblement, Madame, ne la vouloir mespriser. Et sur ce, etc.

Ce IIe jour de janvier 1575.