Je ne voy pas, Sire, que les Angloys, ny voz dictz subjectz, qui sont icy, dressent, pour encores, rien contre le bien de voz affères, mais il ne se fault pas attandre, si les choses vont plus avant, qu'ilz se puissent garder d'avoyr intelligence, et porter toute la faveur et support de forces et d'argent, qu'ilz pourront, à ceulx de leur religion. Et depuis naguyères, ung personnage, de grande qualité, allemand, a esté, icy, en nom et habit déguysés, lequel je sçay bien que ceste princesse a eu opinion que ce fût ung prince; et il a négocyé fort estroictement avec ceulx de son conseil. Dont je desire de bon cueur que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, par vostre vertu et prudence, pourvoyez que ce commancement de troubles, s'il est possible, n'ayt poinct de suyte en vostre royaulme.

Cependant pour mieulx retenir ceulx cy, j'ay tousjours plus instamment, que devant, sollicité la dicte Dame, leur Mestresse, de sa responce, et de me la fère bonne; de laquelle j'ay enfin obtenu de vous pouvoir mander, de sa part, que, puisque vostre dellibération estoit de venir en Picardye, pour changer d'air, après la fiebvre quarte, dont elle louoit et remercyoit Dieu qu'en fussiés bien guéry, qu'elle se tiendroit de tant plus heureuse et contante que plus elle se santiroit estre près de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et que ne luy pouvant estre bien séant de retourner maintenant à Douvre, pour les considérations qu'elle m'avoit desjà alléguées, que aulmoins se pourroit elle, soubz colleur d'aller à l'esbat et à la chasse, s'approcher en une de ses maysons, la moins esloignée du dict Douvre que fère se pourroit, là où, s'il plaisoit à Monseigneur le Duc prendre la peyne d'y venir privément, et sans cérymonie, ilz s'y pourroient rencontrer toutz deux; et elle auroit grand plaisir de le voyr; et, si Vostre Majesté se pouvoit contanter que l'entrevue se fît en ceste privée façon, car ne pouvoit juger qu'il luy peût estre bon de la consentyr aultrement, que son ambassadeur auroit charge de vous dellivrer le saufconduict, lequel, à cest effect, elle luy envoyoit présentement; et vous confirmeroit plus amplement ceste sienne responce; laquelle elle mesmes ne pouvoit, à cause d'ung peu de mal qui luy avoit prins à la main, la vous escripre, ainsy qu'elle avoit bien dellibéré de le fère. Qui est, en substance, Sire, tout ce que j'ay peu advancer en cest endroict. Et sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de mars 1574.

CCCLXXIe DÉPESCHE

—du XXIIIe jour de mars 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calays par le Sr Cavalcanti.)

Nécessité d'accepter l'entrevue.—Nouvelles des troubles de France.—Craintes inspirées par Montgommery.—Armemens faits en Angleterre.—Nouvelles des Pays-Bas et d'Écosse.—Meilleures dispositions d'Élisabeth envers Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, je n'ay, par ceste dépesche, à mettre ny oster rien de ce que, par la précédante, du XVIIe du présent, je vous ay escript touchant l'entrevue, sinon de vous confirmer qu'il est besoing que Vostre Majesté se détermine à la consentir, ou bien laysser à tant le propos, car ceste princesse est très fermement résolue de ne passer oultre, sans voyr Monseigneur le Duc; et encores, si, en le voyant, l'on pouvoit estre bien assuré qu'elle procèderoit incontinent à la conclusion du mariage, le voyage ne seroit tant à regretter, mais, en l'incertitude où elle vous en laysse, avec l'accoustumée instabilité de deçà, je ne voy sinon que, pour parvenir là où Mon dict Seigneur le Duc prétend, il fault, par nécessité, ou qu'il azarde de venir incertain, ou qu'il quitte du tout son entreprinse. Et vous puis assurer, Sire, que la dicte Dame s'attand, sans aulcun doubte, qu'il viendra, et qu'elle sera preste de s'approcher, quand elle en aura plus de certitude, vingt ou vingt cinq mille vers Douvre pour le rencontrer.

La nouvelle s'augmante, de jour en jour, icy, des désordres et troubles qui multiplient en vostre royaulme; qui est cause que plusieurs angloys commancent de solliciter des moyens et des provisions de ceste court, pour pouvoir aller par dellà se joindre à ceulx de leur religion, et d'aultres praticquent d'avoyr des commissions pour armer des vaysseaulx; et aulcuns en y a qui mettent en avant qu'il seroit bon d'en accommoder de quelque nombre le comte de Montgommery, ensemble de quelques hommes et deniers, affin qu'il peût maystriser ceste mer estroicte, et entreprendre quelque descente en France, là où il verroit le pouvoir mieulx fère à son advantage; mais il semble qu'il ayt escript, de Gerzé, qu'encor qu'on ayt voulu attempter à sa vye, qu'il ne remuera rien contre Vostre Majesté, qu'il ne voye comme les choses yront plus avant, et comme il vous plerra uzer vers luy; car veult estimer que cella n'est procédé aulcunement de vostre commandement. Néantmoins, Sire, je l'observeray, le plus qu'il me sera possible; car l'on m'a adverty qu'il a envoyé icy fère quelque provision de pistollés et d'harquebouzes; et je voy bien que ceulx cy, de leur costé, poursuyvent de garnyr d'artillerye, d'armes et de tout aultre fourniement nécessayre, tous leurs grandz navyres de guerre, réservé d'y mettre les vivres et le nombre d'hommes qui faict besoing, car cella est remis à quand il sera temps. Et dellibèrent cepandant de mettre la flotte en deux, pour en envoyer tenir la moictyé à Portsemue, vis à vis du Hâvre de Grâce, et l'aultre moictié restera à Gilingam, où, de présent, elle est. Et m'a l'on dict que, depuis huict jours, il a esté dépesché, de ceste ville, une lettre de crédict, de soixante mille escuz, pour Francfort.