Je viens d'entendre que sept ou huict bretons sont arrivés, desquelz l'on présume que l'ung d'eux a charge d'aller devers le prince d'Orange, pour emprunter des navyres de guerre, mais je n'ay encores vériffyé cella. Bien m'a l'on dict que le susdict prince a mandé comparoir, à certain prochain jour, en Hollande, où il s'en est retourné, toutz les vaysseaulx qui s'advouent à luy, soubz prétexte de leur vouloir bailler ung règlement sur le faict de la navigation et sur les prinses, affin qu'ilz ne se portent plus en pirates, avec intention de déclarer désavouez ceulx qui ne comparoistront. Je ne sçay si, lors, il fera quelque autre dellibération. Les angloys qui s'estoient embarqués, icy, pour luy, sont arrivés à Fleximgues, et s'y en est trouvé le nombre de sept centz soldatz completz, quand ilz sont descendus de dellà, qui incontinent ont receu paye; dont l'entreprinse qu'on m'avoit adverty, sur Callays, est, pour ce regard, passée.
Les choses d'Escosse s'entretiennent encores en quelque repos, bien que l'on m'a dict que les bourgoys et marchandz, et le commun du pays, vont faysant une secrette ligue contre le comte de Morthon, pour les grandes exactions qu'il faict sur eulx, et qu'ilz ne veulent plus souffrir qu'il aille ainsy, de lieu en lieu, tenir la justice pour les piller et ruyner, comme il faict, et que les principaulx de la noblesse sont toutz retirés en leurs maysons. Milord trésorier a observé, luy mesmes, le temps de pouvoir présenter, bien à propos, la lettre de la Royne d'Escosse à la Royne, sa Mestresse; et m'a mandé qu'il la luy avoit faicte lyre toute entièrement, et qu'elle l'avoit trouvée en termes si honnestes, et escripte de si bonne façon, qu'il me pouvoit assurer que cella avoit beaucoup regaigné le cueur de sa Mestresse, et que les choses alloient, à présent, assés bien, et espéroit qu'iroient encores mieulx, entre elles deux. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour de mars 1574.
CCCLXXIIe DÉPESCHE
—du XXVIIIe jour de mars 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)
Projet du roi de retarder l'entrevue.—Bruit de la mésintelligence qui aurait éclaté entre le roi et le duc d'Alençon.—Craintes que les Anglais ne veuillent profiter des troubles de France.—Soupçons contre Montgommery.—Affaires d'Écosse.
Au Roy.
Sire, estimant qu'il sera bon qu'ayés veu et considéré, à loisyr, la responce que la Royne d'Angleterre m'a faicte, laquelle je vous ay mandée, le XVIIe de ce moys, et qu'ayés ouy son ambassadeur, et retiré de luy le saufconduict qui luy a esté envoyé pour vous bailler, et que j'aye receu, là dessus, nouveau commandement de Vostre Majesté, premier que de changer ny débatre rien plus à la dicte Dame, j'ay advisé de ne luy proposer, jusques allors, ce que m'avez escript, du VIIe du présent, de luy prolonger l'entrevue; car semble qu'elle est aulcunement persuadée qu'encores que voz affères vous apportent une très suffizante occasion de ne vous esloigner, pour ceste heure, des envyrons de Paris, que néantmoins vous ne voudrés que Mon dict Seigneur le Duc laisse, pour cella, de venir fère, secrettement et privément, une course jusques icy, comme s'il alloit à quelque autre commission pour vostre service, joinct que le saufconduict, ainsy qu'on m'a dict, s'estend jusques au XXe de may prochain. Et il est à croyre, Sire, que, si le poinct de l'entrevue estoit cependant vuydé, que vostre voyage, puys après, en Picardye, seroit pour donner grand chaleur à tout le reste, et pour fère que le propos pourroit réuscyr à une ou aultre conclusion, pendant que seriés si près d'icy; et, possible, que le mariage se consommeroit, si, d'avanture, les personnes venoient à se complayre. Mais, de tant que je tiens ceulx cy ordinayrement pour très suspectz de mutation et de changement, je ne vous puis promettre, Sire, rien de plus certain d'eux que une grande incertitude; bien qu'à présent les choses monstrent de continuer, icy, telles, comme je le vous ay mandé, et comme le Sr Cavalcanti vous l'aura depuis confirmé, et encores, en apparance, semble quelles vont de bien en mieulx.
Mesmes il m'a esté signiffié que ceste princesse et les principaulx, d'auprès d'elle, ont esté très marrys d'ouyr publier par deçà qu'il y eût mauvayse intelligence entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc, et que vous eussiés, pour cella, faict quelques rigoureuses démonstrations à luy, et au Roy de Navarre, à Monsieur le prince de Condé et Monsieur de Montmorency; dont envoyèrent sçavoyr ce que j'en entendoys, et qu'ilz ne pouvoient, ny vouloient, croyre qu'il en fût rien, car les lettres de leur ambassadeur n'en parloient nullement; et que cella estoit venu d'ung messager ordinayre, qui n'estoit poinct angloys, lequel, estant party de Paris, le VIIIe du présent, avoit semé ce bruict. Et à peyne, Sire, ay je eu déchiffré la vostre, du VIIe du présent, laquelle a séjournée, pour l'occasion du temps, huict jours entiers, à Callays, que milord trésorier et le comte de Lestre, chacun de sa part, m'ont envoyé ung gentilhomme pour m'advertyr que, par les plus rescentes du dict ambassadeur, lesquelles estoient du XVe de ce moys, il apparoissoit que le susdict bruict estoit faulx, et qu'il ne se pouvoit desirer plus de vraye et cordialle amityé, entre deux frères, qu'il s'en voyoit entre Vostre Majesté et Monseigneur le Duc, et que vous luy portiés plus de faveur que vous n'aviez jamais faict, ensemble au Roy de Navarre et aulx aultres deux. Et ont adjouxté qu'avec Mr de Turène, et Mr de Torcy, estoient venus vers Vostre Majesté trois gentilshommes, de la nouvelle religyon, de ceulx qui ont nouvellement prins les armes, pour se rendre plus assurés de vostre bonne intention vers eulx, et qu'ilz s'en estoient retournés bien fort satisfaictz; et que d'ailleurs vous aviés envoyé le Sr Strossy à Mr de La Noue, en Poictou; dont se vouloient conjouyr, avecques moy, de ce que les choses prenoient ung chemin pour retourner à la paix, sans passer à plus d'altération. De quoy je les ay envoyés infinyement remercyer par le Sr de Vassal, et que cella monstroit combien l'affection de leur Mestresse, et la leur, estoient très bonnes vers le bien de voz affères, et qu'ilz seroient marris qu'il vous y succédât mal.