Et que pourtant je la supplioys qu'elle me voulût accorder quatre choses; esquelles le droict et l'honnesteté l'obligoyent vers Vostre Majesté: l'une estoit de vous assurer, avec effect, de la confirmation et entretènement de la ligue que vous aviez avec elle, affin que n'eussiez occasion d'en chercher de nouvelle ailleurs; l'aultre, qu'elle vous offrît l'assistance, en quoy la dicte ligue l'obligoit vers vous, et la dényât du tout aulx eslevez, de sorte qu'en nulle façon du monde, ny ouverte, ny dissimulée, ilz ne peussent tirer aulcun secours d'elle ny de son royaulme; la tierce estoit de faire despartir le comte de Montgommery de son entreprinse, ou bien remettre sa femme et ses enfantz entre voz mains, et qu'à cest effect elle fît arrester sa famille; et la quatriesme, qu'elle voulût ainsy juger de Vostre Majesté, comme d'ung prince qui vouloit bien traicter toutz ses subjectz, et accommoder, avec toute seureté, en l'exercice de leur nouvelle religyon, ceulx qui en estoient, aultant que, sans altérer l'estat de vostre couronne, vous le pourriez fère.
Qui a esté ung propos, Sire, que, sur aulcuns advis qu'on m'a donnés, de bonne part, j'ay estimé estre nécessayre que je tînse à la dicte Dame.
Et elle m'a respondu qu'elle réputoit à ung très bon office que je vous eusse ainsy escript à la descharge d'elle et de ses conseillers, et qu'elle appeloit Dieu à tesmoing, et le prioit de fère tomber sur elle la punition de mort, à quoy je m'estois soubmis vers vous, au cas qu'elle ny eulx eussent eu aulcune participation aulx entreprinses de voz eslevez, et que les choses que je luy demandois estoient si raysonnables qu'elle n'en vouloit refuzer pas une; mesmes elle avoit pensé de vous envoyer ung gentilhomme pour les vous offrir; ou bien, encores mieulx que cella: tant y a qu'elle considéroit de ne se debvoir trop ingérer en ceste cause, laquelle sembloit aulcunement appartenir à sa religyon, de peur que, possible, vous eussiés son office plus suspect que agréable, néantmoins qu'elle vous prioit, de tout son cueur, d'adviser qu'est ce qu'il vous plerroit qu'elle fît pour vous, en la présente occasion de voz affères, et qu'elle vous promectoit devant Dieu que, droictement et de bonne affection, elle s'y employeroit.
Et, sur ce, m'a renvoyé aulx seigneurs de son conseil, en l'assemblée desquelz j'ay proposé les mesmes choses que j'avoys faict à elle. Et eulx, après aulcunes excuses de l'occasion que les eslevez avoient de souspeçonner le danger de leurs vyes et de leur religyon, m'ont protesté, avec grands sèrementz, d'estre innocentz de toutes leurs entreprinses, et que, non seulement ilz estoient marris, mais qu'ilz déploroient la désolation de vostre royaulme, et que, pour le bien de leur Mestresse et de sa couronne, ilz voudroient éviter, de tout leur pouvoir, la diminution de vostre grandeur; dont, en ce qu'ilz auroient moyen de la relever et conserver, ilz seroient prestz de s'y employer très volontiers, en la façon que leur Mestresse le leur commanderoit.
Et m'estant, le jour après, arryvée la petite dépesche, que Vostre Majesté m'a faicte, du Xe du présent, laquelle a esté onze jours en chemin, je n'ay eu, par icelle, que adjouxter à ma précédente négociation, ny de quoy leur respondre rien de plus certain sur les particullaritez dont ils m'interrogeoient, que auparavant. Dont j'ay advisé de ne retourner vers elle jusques à la venue de mon secrettère, mais bien leur ay envoyé comunicquer la plus petite des deux lettres de Vostre Majesté, et celle de Monseigneur le Duc, affin qu'ilz vissent que les choses n'alloient de la façon qu'on les leur avoit escriptes. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour d'apvril 1574.
A la Royne
Madame, ez propos que la Royne d'Angleterre m'a ceste foys tenus, elle a monstré, à bon escient, qu'elle portoit peyne du trouble de voz affères, et plus de ceulx qu'on luy avoit mandé estre survenuz en vostre court que des aultres du royaulme; dont m'a faict les honnestes responces que je mectz en la lettre du Roy; et encores d'aultres, touchant les grandes preuves, que Dieu faict voyr au monde, de vostre grande prudence et de vostre vertu, mettant souvant l'une et l'aultre à des essays si dangereux qu'ung chascun s'esmerveille comme il est possible de vous en desmeller; et néantmoins qu'il vous en faict tousjours venir au dessus. En quoy, si son opinyon vous pouvoit sembler aussy bonne comme elle est loyalle et pleyne d'amityé, elle vous conseilleroit que fissiés si sévèrement punir ceulx, que trouveriés coupables de ces désordres, qu'il servît d'exemple aulx aultres. Et le comte de Lestre, sellon qu'on m'a rapporté, a faict, sur ces nouveaulx accidantz, de bien fort dignes offices vers la dicte Dame et dans ce conseil; et a déclaré qu'il aymeroit mieulx avoyr perdu vingt mille escuz du sien, que si Voz Majestez Très Chrestiennes avoient reçeu de Monseigneur le Duc, ny du Roy de Navarre, le déplaysir qu'on leur avoit escript. Si Vostre Majesté a agréable que la dicte Dame envoye, vers le Roy, ung gentilhomme pour les complimentz que pourriés desirer d'elle, en ce temps, il m'a semblé avoyr comprins d'elle qu'elle le fera très volontiers. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour d'apvril 1574.