Celluy, que le dict de La Mothe a faict nommer à Leurs Majestez par le Sr de Vassal, assure fort qu'il a beaucoup de moyen en la dicte ville, et parmy toute la noblesse du Poictou, de leur fère accepter les honnestes conditions de paix qu'il playra au Roy leur offrir, et s'en faict fort, ne luy manquant émulation, ny compétence contre les aultres chefz, et promet de fère ung très grand et loyal service à Sa Majesté.
Que le susdict ministre Textor, après avoyr négocyé en ceste court, est passé en Ollande, et va trouver le comte Ludovic, de la part du dict La Noue, ce qui monstre que les Allemans et Flammantz, et Angloys, protestantz, sont de mesmes intelligence avec les Huguenotz, et qu'il y a quelque secrette confédération entre toutz eulx; à laquelle l'on contrainct ceste princesse de secrettement y adhérer, sur l'impression qu'on luy donne que le Roy s'est de nouveau ligué, avec le Pape et le Roy d'Espaigne, contre les dicts Protestantz et contre elle;
Qu'il n'y a chose que le dict Textor rejette plus loing que toutz propos de paix, et dict qu'on n'a garde de poser ceste foys les armes, sans avoyr bien accommodé et estably, avec toute seureté, le faict de leur religyon: dont semble que le Roy doibt préparer ses forces pour n'estre contrainct de ses subjectz, ains pour les contraindre, eulx, d'accepter, de luy, les condicions qu'il leur voudra bailler;
Que plusieurs particulliers, icy, font provision d'armes et de monitions de guerre, que le dict de La Mothe souspeçonne estre pour en accomoder le dict de Montgommery; et se dict que envyron quatre centz gentilshommes, ou soldatz, anglois, se préparent pour l'aller trouver, à quoy icelluy de la Mothe s'opposera, le plus qu'il luy sera possible;
Que le cappitaine Girons, de Dieppe, a une entreprinse d'aller, avec quelques siens navyres de guerre, brusler la Salamandre, et aultres vaisseaulx, qui sont dans le hâvre de Dieppe, et mettre le feu dans la ville, s'il peut, affin d'essayer si, par ce désordre, il pourroit surprendre le chasteau: à quoy le dict de La Mothe a mandé, par deux voyes, à Mr de Sigoignes, d'y prendre garde;
Que le vidame de Chartres promect bien tousjours de ne s'entremettre de rien contre le service du Roy. Néantmoins il semble que la nécessité le contreigne de sortir d'icy, et qu'il dellibère d'aller trouver le prince d'Orange ou le comte Palatin; dont le dict de La Mothe l'a prié de ne vouloir partir, sans le fère sçavoyr au Roy: et il luy a dissimulé qu'il eût volonté de s'en aller.
CCCLXXVIIIe DÉPESCHE
—du dernier jour d'apvril 1574.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)