Elle m'a respondu qu'elle ne vouloit estre si ingrate que d'avoyr en mauvayse estime ung prince, qui monstroit de l'avoyr bonne d'elle; mais que je vous disse ardiment, et s'est mise à soubrire, qu'elle ne prendroit poinct de mary, les fers aulx pieds. Et, pour ceste foys, je n'ay peu tirer aultre chose d'elle sinon qu'elle verra ce que le cappitaine Leython luy rapportera de la part de Voz Majestez.

Au surplus, Madame, je me suis beaucoup consolé de ce que, en me commandant, par vostre lettre du IIe de ce moys, d'avoir encores ung peu de pacience jusques à ce que ces présentz affères soient ung petit remis, il vous plaist m'assurer, qu'aussytost qu'ils le seront, Vostre Majesté mesmes me moyennera mon congé, et fera que le Roy, qui monstre estre bien contant de mon service, m'uzera quelque digne récompense. Je remercye très humblement Vostre Majesté de l'une et de l'aultre promesse, et, comme ayant besoing de toutes les deux, je les accepte et supplie très humblement Vostre Majesté les accomplir, et qu'il luy playse se souvenir que nul gentilhomme, de toutz ceulx qui sont au service de Voz Majestez, a esté plus longuement continué, et sollicité au travail, que moy, ny plus longtemps oblié à la récompense; et que beaucoup de nécessitez me pressent, à ceste heure, de ne pouvoir plus attandre. Dont, entre aultres, je vous puis assurer, Madame, avecques vérité, que la cherté est si extrême, icy, que, depuis ung an, toutes provisions sont enchéries par moytié, et quelques unes excèdent le double, de sorte qu'il s'en fault par trop que l'estat ordinayre d'ambassadeur y puisse suffire. A quoy je supplye très humblement Vostre Majesté y fère avoyr de l'esgard, et qu'il ne me soit faict tant de tort que de me oster, ou retarder, les gages de la chambre et la pension de douze centz livres: car, avec les autres pertes que j'ay faictes, ce seroit me conduyre à mendicité, dont j'espère que Vostre Majesté m'en préservera. Et sur ce, etc.

Ce XVIe jour de may 1574.

CCCLXXXIIe DÉPESCHE

—du XXIIIe jour de may 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Audience.—Plainte contre une expédition préparée par le capitaine Montdurant.—Assurance de la reine qu'elle en arrêtera le départ.—Continuation des armemens.—Nouvelles instructions données au capitaine Leython.—Nouvelles de Marie Stuart.—Plaintes des Anglais à raison des prises.—Sollicitations de l'ambassadeur pour obtenir la juste récompense de ses services.

Au Roy.

Sire, estant adverty que le cappitaine Montdurant, avec envyron quatrevingtz soldatz, qu'il a ramassez icy, s'en alloit trouver la comtesse de Montgommery vers Hamptonne, en intention de s'embarquer au dict lieu, pour passer aulx isles de Gerzey et de Grènesey, et, des dictes isles, aller descendre en celle poincte de Normandye, qui est près de Carantan, pour se joindre au comte de Montgommery, ou bien pour tenter luy mesmes quelque entreprinse par dellà, je suis allé remonstrer à la Royne d'Angleterre que, de tant que je ne résidois près d'elle que pour y estre procureur et directeur du bien de l'amityé qu'elle vous avoit jurée, et pour divertyr le mal qui pourroit naystre de quelque altération si, d'avanture, elle y survenoit, je la voulois bien supplyer de fère en sorte qu'on ne peût dire que, de la ville capitalle de son royaulme, et de ses portz et isles, fût party ung équipage pour vous aller fère la guerre; et qu'elle deffendît que la folle entreprinse du comte de Montgommery n'eust poinct de suite, d'icy, affin qu'on cognût, à bon escient, qu'elle n'en avoit poinct prins le commancement; et qu'il ne pourroit rien advenir de plus répugnant à la ligue et confédération, qu'elle vous avoit jurée, ny rien de plus contrayre aulx promesses et offres honnorables, qu'elle vous avoit rescentement faictes, que si elle n'empeschoit le voyage du dict cappitayne Montdurant; et que pourtant elle voulût, par ceste petite chose, esclarcyr le monde comme elle dellibéroit procéder dorsenavant vers vous, et comme vous auriés à juger, cy après, de ses intentions.

La dicte Dame, d'une fort franche volonté, et sans aulcune remise, m'a respondu qu'elle le feroit, et a prins incontinent le nom du cappitayne pour envoyer empescher son embarquement. Et m'a dict, davantage, qu'ayant sceu que quelques ungs avoient achepté des pouldres pour envoyer en France, qu'elle avoit mandé les retenir pour elle, et les avoit payées et faictes mettre dans la Tour; et qu'elle espéroit vous fère cognoistre qu'elle avoit Dieu et son sèrement, et le debvoir de l'amityé, qu'elle vous avoit promise, devant les yeulx. Et si, m'a touché, en termes couvertz, quelque particullarité de l'armement de ses navyres pour me fère comprendre qu'elle les dressoit contre l'armée d'Espaigne; mais je n'ay faict semblant de l'entendre, car je m'attandz, Sire, que, sur l'advis que je vous en ay donné, Vostre Majesté me commandera d'en parler ouvertement à la dicte Dame, affin de tirer d'elle, là dessus, la plus expresse déclaration que je pourray.