Réponse.—Sa Majesté desire en toutes sortes entretenir et parfaire le tretté, et faire dresser une estape de merchandises en quelque lieu en France; mais qu'en ayant parlé et faict parler par les seigneurs de son conseil à leurs merchans, ilz les ont trouvés le plus estrangiez et plus esmerveillez du monde de ce que, après tant de massacres et murtres faictz en France, Sa dicte Majesté et ses dicts conseillers leur parlent de dresser estape et traffiquer par dellà; disans que, puysque le Roy n'a tenu à ses propres subjectz ce qu'il leur avoit promiz par l'éedict de paciffication, à plus forte rayson ne s'y doibvent ilz, qui sont estrangiers, et ne veulent s'y fyer jusques à tant qu'ilz verront que les choses soient mieux paciffiées en France, et qu'il y ait meilleur ordre;—Touchant la paix d'Escoce, que Sa Majesté pense que la paix feust desjà conclue sans la mort du régent, mais qu'elle a entendu, par lettres de Me Quillegrey, que toutz ceulx de la noblesse du dict pays se doibvent assembler, au quinziesme de ce mois, pour pourvoir, tant sur la forme du gouvernement du pays que sur la paix, et, par aultres lettres de ceulx du party du Roy, que, si la paix ne se conclud, que cella vient de France, y ayans ceulx du chasteau de Lislebourg des ministres, et mesmes le cappitaine d'icelluy, son frère, et aultres, desquelz ilz ont eu advertissement de ne rien accorder et qu'ilz auront tout secours de France.

Art. 3. Que cependant le Roy, pour ne laisser la dicte Dame, sa bonne sœur, incertayne touchant l'oppinion qu'elle pourroit avoir de luy, sur ce qui est advenu contre le feu Admiral et les siens, encores qu'elle et tous les autres princes du monde s'en deussent rapporter à la simple parolle de luy, qui en doibt le seul compte à Dieu et non à aultre, si a il voulu donner à elle ceste espécialle satisfaction que de luy envoyer les jugementz et arrêtz que sa court de parlement de Paris a donnez contre le dict Admiral et deux de ses complices, sur les preuves, vériffication et confession du faict, selon que la dicte court ne juge jamays aultrement; et qu'il s'est trouvé que la conspiration avoit esté véritablement faicte (s'ilz n'eussent esté bientost prévenuz), d'aller exécuter jusques dans le logis du Roy ceulx qu'ilz réputoient leurs ennemys, et n'espargner la personne de la Royne, sa mère, ny celle de Messieurs ses frères, voire s'adresser à luy mesmes, ou pour le moins le retenir en leur puissance, et se rendre si fortz près de luy qu'il n'eust peu dire sinon qu'il estoit à leur mercy et discrétion; en quoy s'ilz en fussent allez jusques là, il ne sçayt s'ilz n'eussent passé plus avant, car ilz avoient desjà mandé à tous ceux de leur religion de prendre incontinent les armes, et à ceux qui estoient les plus prestz de se rendre, le IIIe jour, dans Paris; dont il remect bien au bon jugement de la Royne, sa bonne sœur, de considérer à quelle extrémité alloient les choses, et si Dieu n'a pas usé d'une singulière grâce et d'une espécialle protection vers luy de l'avoir délivré et les siens, et son estat, d'ung si éminent péril; et que Dieu luy est tesmoing que nul, soubz le ciel, se fust plus opposé que luy à la ruyne de l'Admiral et de ceux qui ont souffert avec luy, s'il n'eust esté meu contre eulx de l'extrême nécessité de ce dangier.

Réponse.—Sur le 3e, Sa Majesté en remet le tout au Roy.

Art. 4. Qu'il veult bien donner compte à la Royne, sa bonne sœur, comme le Pappe envoye le cardinal Ursin, légat devers luy, lequel estoit party de Romme avant la blessure et la mort du feu Admiral, et que tout ce qu'il a peu entendre de sa commission est qu'il le vient prier et presser d'entrer en la ligue contre le Turc, entendant le merveilleux et extrême appareil de guerre que le dict Turc faict pour furieusement assaillir, ceste année prochayne, par mer et par terre, la Chrestienté, de quoy le Roy a bien voulu faire entendre à la dicte Dame le grand regret qu'il y a, et quelle est son intention et délibération là dessus.

Réponse.—Au 4e, que Sa Majesté trouve bonne la négociation du dict cardinal Ursin sur la ligue contre le Turc; mais qu'elle verra bien s'il y négociera aultre chose ou contre elle ou contre ses affères, et y pourvoyrra.

Art. 5. Que touchant l'armée du dict Sr Strossy, qu'il est très certain qu'en septembre dernier il l'avoit cassée, veoyant qu'il n'apparoissoit, d'aucun endroict de son royaulme, qu'il y deust avoir mouvement, et, grâces à Dieu, les choses ne monstrent qu'il y en doibve encores avoir beaucoup; néantmoins, de tant que ceux de la Rochelle monstrent de se vouloir opiniastrer, cela et non aultre occasion l'a contrainct de la fère rassembler et mectre sus de rechef, afin que, s'ilz ne se ravisent, il mecte ordre, commant que ce soit, que l'auctorité luy en demeure; ayant dellibéré d'y envoyer Monsieur d'Anjou, son frère, pour les admonester de leur debvoir, avec les plus honnestes conditions et les meilleures et plus grandes seuretez qui se pourront adviser; et, si ces gracieux moyens n'ont lieu, lesquelz, desjà une fois, ilz avoient monstré de les vouloir accepter et encores en font quelque semblant, il y employera, à la fin, la force. A quoy il aura ung extrême regrect qu'il en faille venir à tant: néantmoins il a délibéré ne cesser qu'il n'en soit venu à bout.

Réponse.—Que Sa Majesté desire infinyement qu'iceulx de la Rochelle rendent toute l'obéyssance qu'ilz doibvent au Roy, et qu'elle mettra peyne de les y exorter, et vouldroit bien avoir quelque asseurance pour leur donner de soy mesmes, et mesmes à ceulx là qui se sont adressez à elle, qui disent qu'ilz ne se peuvent aulcunement fier au Roy, veu mesmes que, ayant esté publié en France plusieurs éedictz pour fère retourner ceulx de la religion en leurs maysons, pour y vivre paysiblement, despuys les massacres advenuz à Paris, ceulx qui s'y sont fiez et s'en sont retournez en leurs dictes maysons y ont esté tuez.

Art. 6. Qu'il estime que la difficulté qu'ilz font procède plus de la persuasion d'aultruy et de l'espérance qui leur est donnée de ne debvoir estre habandonnez, que de volonté qu'ilz ayent de se rebeller, car il a sceu et a veu, par aulcunes lectres qui ont esté naguières interceptées, comme le comte de Montgommery et aulcuns aultres françoys, qui sont par deçà, leur mandent et les asseurent bien fort qu'ilz auront, soubz main, tout le secours qu'ilz voudront de la Royne d'Angleterre, et toute l'assistance qui leur sera nécessaire de son royaulme, sans que; pour cela, elle se déclare à la guerre contre luy. Ce qu'il n'a creu en façon du monde, ains a jugé incontinant que cela procédoit de la passion de ceux qui escripvoient les lectres, et plustost s'asseure il de tirer toute ayde et faveur d'elle en ce qu'il aura besoing; ny pareillement n'a creu que ce soit par sa commission que aucuns capitaynes de mer, françoys, ayent, ainsy qu'on luy a dict, équipé en guerre quelques vaisseaux par deçà, et se soient associez avec d'aultres capitaynes de mer, angloix, pour conduire ceste praticque, et pour empescher la navigation, comme desjà ilz la troublent beaucoup ez costes de Normandie et Bretaigne, ainsy que plusieurs plainctes luy en viennent tous les jours.

Sur quoy il suplie la Royne, sa bonne sœur, et la conjure, au nom de la parfaicte et loyalle amitié que, devant Dieu et les hommes, ilz se sont sainctement et fort solemnellement jurée l'un à l'autre, que, comme il a eu, et a, et ne veult cesser d'avoir, durant tout son règne, ung singulier respect à tout ce qui pourra en quelque sorte concerner Sa Majesté et tous les poinctz de leur mutuelle ligue et le repos de son royaulme, qu'il luy plaise, de son costé, avoir le mesmes esgard vers luy; et que, sans s'arrester aux persuasions des gens passionnez, ny aux inventions controuvées pour luy engendrer des scrupules et deffiances dans le cueur, elle veuille persévérer ez bons termes de la vraye et inthime amitié qui est commancée entre eux, comme, de sa part, il y demeurera immuable à jamais, et qu'elle vueille passer oultre à l'aultre unyon qui s'en fera indissoluble par ceste plus estroicte alliance, laquelle luy et la Royne, sa mère, et tous ceux de leur couronne persistent de desirer plus instamment que jamays, et y ont plus d'affection qu'à chose qui soit aujourdhuy au monde.

Réponse.—Sur le 6e, qu'ayant le comte de Montgommery escript à Sa Majesté, dez le commancement, bien au long, son infortune et callamité, et prié de permettre qu'il vînt devers elle, Sa dicte Majesté le luy auroit reffuzé, et qu'estant cejourduy venu le dict comte en ceste dicte ville, il ne sçayt pourquoy ni à quelles fins;—Et pour le regard de ces capitaynes françoys, qui ont équipé en guerre quelques vaysseaulx par deçà, que Sa Majesté n'en a rien sceu, et que icelluy milord de Bourgley prie Monsieur l'Ambassadeur de luy nommer tant les dicts capitaines que les portz et hâvres où ilz se sont équipez, pour en fère fère telle poursuyte et punition contre les gardiens et aultres qui auroient baillé faveur ou permission de ce fère que le dict Sieur Ambassadeur en sera contant.—En ce qui concerne l'aultre unyon, que Sa Majesté entend du mariage, qu'elle a naguières receu lettres, et le dict Sr Bourgley aussi, de Mr de Walsingam, par lesquelles il mande que, en une audience qu'il a eu de la Royne Mère, parlant de ce faict, et expressément de l'entreveue, il a trouvé la dicte Dame si réfroydie sur ce point qu'il luy semble le faict estre à n'en plus parler.