Art. 7. Qu'il est très marry qu'on ayt rapporté aux seigneurs du conseil d'Angleterre qu'il ayt commandé faire ny le massacre de Rouan ny les aultres qui ont suivy depuis ez aultres lieux; car c'est la plus grande imposture et la plus faulce calomnye qui ayt esté jamais mise sus à nul prince, ayant au contraire, par plusieurs foys, escript à ses lieutenantz et gouverneurs et nommément au Sr de Carouges à Rouan, qu'ilz eussent à prendre très soigneusement garde que ces désordres n'advînsent; lesquelz l'on craignoit assez, veu l'insolence d'aucunes meschantes personnes qui avoient le cueur au sang et au pillage, et qui n'ont espargné les biens des Catholicques non plus que des Huguenotz; et que Dieu, devant lequel il chemyne, luy est tesmoing qu'il a ung mortel regret que pas ung de ceulx qui n'avoient intelligence avec les chefz de la conspiration ayent souffert, et que bientost l'on onyra parler de la punition exemplaire qui sera faicte à Rouan et aultres lieux contre les autheurs de ces violances.

Réponse.—Sur le 7e que Sa Majesté s'en remect au Roy.

Art. 8. Que, au regard de ce que Mr le cardinal de Lorrayne a faict inscripre à Romme sur la porte de l'hostel Sainct Louys[142], ce n'est chose où l'on doibve avoir esgard, car l'on sçayt assez que ce n'est ny du sceu ny du commandement du Roy, qui n'a accoustumé de négocier ses affaires au dict lieu que par son ambassadeur.

Réponse.—Sur le 8e, que Sa Majesté trouve ceste responce fort froyde, toutesfoys qu'elle la reçoit, puisqu'elle vient du Roy; et qu'elle ne peult croyre qu'estant le dict Sr cardinal de Lorrayne le premier éclésiastique, premier du conseil du Roy, et premier de la noblesse de France, qu'il ayt tant présumé de soy que d'ozer rien faire publier à Rome sans le sceu et commandement du Roy.

Art. 9. Et quant aux françoys qui ont passé en ce royaulme, lesquelz monstrent s'y estre retirez pour cause de leur religion, qu'il desire qu'ilz s'en retournent paisibles en leurs maisons, et qu'ilz y seront bien traictez, et que, sur son honneur et sur la foy et vérité qu'il doibt à Dieu, il ne le leur sera faict aucun tort ny desplaisir.

Réponse.—Sur le 9e, que Sa Majesté desire infinyement qu'ilz s'en retournent en leurs maysons et qu'ilz rendent toute obéyssance au Roy; mais que, de les y contraindre, elle s'en sentiroit grandement chargée en sa conscience, si ilz y avoient mal, et en penseroit estre cause; mais qu'elle gardera bien que eulx ny aultres, quelz qui soyent, ny attempteront ny pratiqueront rien contre le Roy et son honneur, ny de faict ny de parolle.

Art. 10. Qu'il a faict expédier au Sr de Walsingham les lectres patentes et provisions qu'il luy a demandées pour l'accommodement des affaires des Angloix en son royaulme, et qu'il prie la Royne d'Angleterre, sa bonne sœur, de croire qu'en nulle part de la terre habitable, ses marchandz et subjectz ne trouveront de plus seur accez, plus de faveur, plus de bon recueil, plus de bon et libre commerce, plus de bonne expédition de justice et tout bon traictement qu'ilz feront en la France et en tous les endroictz d'icelle; et qu'il a plaisir que la flotte pour les vins soit allée à Bourdeaux, y ayant mandé de la bien et favorablement recueillir; et il suplie aussi la dicte Dame, sa bonne sœur, de commander une semblable bonne expédition de justice à ses subjectz par deçà; car il en reçoit tous les jours beaucoup de plainctes.

Réponse.—Sur le 10e, que Sa Majesté n'a encores rien entendu de ses merchandz, qui sont allez à Bourdeaux, comme ilz ont esté traictez, et qu'estans de retour, sellon ce qu'ilz rapporteront à Sa Majesté du trettement qu'ilz y auront receu, elle randra responce au dict Sieur Ambassadeur.

CXXXVIII

LE ROY A LA ROYNE D'ANGLETERRE.