III

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

—du IIe jour d'apvril 1569.—

Confiance du roi que la victoire de Jarnac empêchera la reine d'Angleterre de se déclarer pour les protestans de la Rochelle.—Offre faite aux Anglais de leur ouvrir des ports pour le commerce.

Monsieur de Lamothe Fénélon, depuis vos despesches du XXIe et XXVe du passé[5], vous aurés entendu la nouvelle de la victoire que Dieu m'a donnée sur mes rebelles, et comme mon frère, le Duc d'Anjou, poursuit encore ceux qui se sont sauvés par la fuitte. Je m'asseure que estant entendu par la Royne d'Angleterre, elle sera moins disposée que jamais à leur prester secours d'argent et de rafraischissements; et si la flotte que m'avés escrit qui commenceoit à s'acheminer vers la Rochelle n'est fort avant, ce sera peust estre bien occasion pour la révoquer et luy faire rebrousser chemin.

Au demeurant, j'ay bien veu et bien considéré tous les poincts de vos susdictes dépesches et les menées que faict le cardinal de Chastillon, et ceux qui sont avec luy, par delà, ayant prins grand plaisir de voir tout ce qui s'y passe si bien desduict par le menu. Quant à la plaincte que le comte de Lestre vous a faict faire du tort qu'il dict avoir esté faict à l'un des gens de l'ambassadeur Noris, je trouve que vous luy avés très bien respondu: car aussi n'a ce pas esté par mon commandement, de mon sceu, ni sans grande occasion de soubçon que cela a esté faict; et ne sçai non plus que c'est de celuy qui a esté détenu prisonnier à Dieppe, et ne voudrois pas, pour le désir et affection que j'ay de nourrir et entretenir la paix et amitié qui est entre ces deux couronnes, qu'il feust fait aucun tort aux subjects de la dite Royne, ou chose qui y apportât altération, encore que ses actions fassent assés connoistre le peu d'envie qu'elle a de la conserver. Et afin qu'elle connoisse avec quelle sincérité je chemine, si les marchans de delà veullent quitter la route de la Rochelle et de Brouage, et ne plus traffiquer avec mes dicts rebelles, je les feray accommoder de toutes choses nécessaires qu'ils y vont quérir. Et si cela se fait, et que doresnavant les marchants ne se fournissent ailleurs que ès ports qui sont, de présent, en mon obéissance, j'auray tant moins de soubçon de leurs actions, car la coulleur, qu'ils ont d'aller à la Rochelle et de bailler les dicts rafraischissements, leur sera ostée.

Je vous prie donc asseurer la dicte Dame Royne de ma bonne et sincère intention envers elle et ses subjects, et que, comme elle veut voir les siens traittés, selon que la paix et amytié que nous avons entre nous le veult, elle ne fasse chose qui m'incite à y contrevenir, ainsi que je n'en ay point de volonté, ne demandant qu'à vivre en paix avec mes voisins: priant Dieu, Monsieur de la Mothe Fénélon, vous avoyr en saincte garde.

A Mets le IIe jour d'apvril 1569.

CHARLES. Et plus bas: DE L'AUBESPINE.

IV