LES OMBRES CHINOISES.
Nous empruntons à un auteur érudit [10] quelques renseignements intéressants sur ce jeu, que les enfants pourront aisément fabriquer eux-mêmes et qui leur rappellera d'heureux moments passés dans la salle de Séraphin, nom magique qui a souvent fait battre leurs jeunes coeurs.
[Note 10: ][ (retour) ] M. Ch. Magnin, Histoire des Marionnettes.
Ce divertissement, dont on rapporte généralement l'origine aux Chinois et aux Javanais, est du moins, sans aucun doute, un des spectacles favoris des Orientaux. Il est depuis assez longtemps connu en Italie et en Allemagne. Le procédé mécanique est bien simple: On met, à la place du rideau d'un petit théâtre, une toile blanche ou un papier huilé bien tendu. A sept ou huit pieds derrière cette tenture, on pose des lumières. Si l'on fait glisser alors entre la lumière et la toile tendue des figures mobiles et plates, taillées dans des feuilles de carton ou de cuir, l'ombre de ces découpures se projette sur la toile ou sur le transparent de papier et apparaît aux spectateurs. Un main cachée dirige ces petits acteurs au moyen de tiges légères, et fait mouvoir à volonté leurs membres par des fils disposés comme ceux de nos pantins de carte. «Je ne connais pas, dit Grimm, de spectacle plus intéressant pour les enfants; il se prête aux enchantements, au merveilleux et aux catastrophes les plus terribles. Si vous voulez, par exemple, que le diable emporte quelqu'un, l'acteur qui fait le diable n'a qu'à sauter par-dessus la chandelle placée en arrière, et, sur la toile, il aura l'air de s'envoler avec lui par les airs.»
Les enfants qui reviennent émerveillés des scènes ingénieuses qu'ils ont vu représenter sur le théâtre de Séraphin apprendront avec intérêt qu'ils ont assisté à un spectacle, sans doute toujours nouveau, mais dont les premières représentations eurent lieu en 1776. Nous citons encore:
«On voyait, entre autres tableaux: 1° une tempête: le tonnerre, la grêle assaillant la mer, plusieurs vaisseaux faisant naufrage; 2° un pont dont une arche est démolie et des ouvriers qui la réparent: un voyageur leur demande si la rivière est guéable; les ouvriers se moquent de lui et répondent par le fameux couplet: les canards l'ont bien passée [11]; le voyageur découvre un petit bateau, passe la rivière et châtie les ouvriers. C'est déjà, comme on voit, le fameux Pont cassé, la pièce classique des Ombres chinoises, vieux fabliau qui se trouve en germe dans une ancienne facétie, le Dict de l'herberie, qu'on peut lire à la suite des poésies de Ruteboeuf [12], et que Cyrano de Bergerac n'a pas dédaigné d'insérer à peu près textuellement dans sa comédie du Pédant joué; 3° un canal sur lequel on aperçoit une troupe de canards: quelques chasseurs dans un bateau les tirent à coups de fusil, etc.»
[Note 11: ][ (retour) ] On trouve ce couplet dans une très-ancienne chanson intitulée Dialogue du Prince et du Berger:
LE PRINCE.
Passe-t-on la rivière à gué?
LE BERGER.
Les canards l'ont bien passé,
O lirenda, lirondé.
(Voy. Cahier de Chansons, veuve Oudot, 1718.)
[Note 12: ][ (retour) ] Oeuvres complètes de Ruteboeuf, trouvère du treizième siècle. (Notes de M. Ch. Magnin.)
LES OSSELETS.
Nous sommes encore en pleine antiquité. Les osselets sont, avec les dés, un des plus anciens jouets connus. Les Grecs s'en servaient comme de dés, pour indiquer les coups de hasard, par des points marqués sur les différentes faces, et les faisaient également glisser dans un tube. On trouve des osselets au nombre des jouets renfermés dans les tombeaux des petits enfants, et une des plus jolies statues antiques représente une jeune fille assise à terre et jouant avec des osselets.