Et l'on rebuvait de plus belle: cet agréable passe-temps occupait tellement les deux amis, qu'ils n'entendaient pas que depuis cinq minutes on heurtait violemment à la porte. Cependant Petit-Pierre crut entendre quelque chose, et dit à Lully:

—Je crois qu'on frappe. Faut-il ouvrir?

—Qu'est-ce que ça me fait, lui répondit Lully, que que tu ouvres ou que tu n'ouvres pas? on finira par entrer, on enfoncera la porte.

—Eh bien! n'ouvrons pas; ce n'est pas la peine de nous déranger.

Ainsi que le prévoyaient les deux ivrognes la porte ne tarda pas à céder aux efforts de ceux qui la poussaient du dehors, et un groupe de jeunes seigneurs se précipita dans l'appartement à travers les bouteilles, les plats et les casseroles.

—Qu'est-ce que tout cela? dit l'un d'eux à Lully, ne peux-tu ouvrir à ceux qui t'apportent de bonnes nouvelles?

—Je ne connais pas d'autres bonnes nouvelles, répondit le musicien, que d'avoir retrouvé mon ami Petit-Pierre.

—Qu'est-ce que c'est que Petit-Pierre?

—C'est, continua Lully, un grand seigneur italien qui fait à merveille le macaroni, et qui va m'enseigner la cuisine.

—A condition que tu me montreras la musique, interrompit Petit-Pierre.