—Comment, s'écrie-t-il, c'est Longino!
—Allons! encore Longino, dit notre artiste désespéré; mais il se sent entraîné vers la fenêtre par celui qu'il prend encore pour son ennemi.
—Mes amis, dit ce dernier, en le montrant à la foule réunie au-dessous d'eux, voilà celui que vous venez d'entendre, c'est Longino, celui que nous avons pris pour le trial.
—Bravo, Longino! s'écrient les cent voix du parterre en pleine rue.
—Mais je ne m'appelle pas Longino, je me nomme Chollet.
—Alors, bravo! Chollet! reprennent les mêmes voix, bravo, cent fois! à demain, oh! vous aurez un fameux succès! et la répétition s'achève au bruit des applaudissements de la foule qui grossit à chaque instant. Chacun parle de la belle voix du Martin, il n'est question que de lui dans le Havre. Le lendemain, la salle est comble, et à son entrée, Chollet est reçu par une triple salve d'applaudissements, comme un acteur en représentation. Son succès fut immense, il fut redemandé après la pièce aux cris de: plus de débuts! plus de débuts! Le directeur l'engagea sur-le-champ pour l'année suivante avec le double d'appointements, et pendant deux ans, le Havre posséda le meilleur ténor d'opéra-comique que nous ayons en France.
Ne croyez pas que j'entreprenne de vous retracer la carrière dramatique de cet artiste qui a signalé partout son passage par les plus grands succès. Si, parmi mes lecteurs, il se trouve quelqu'incrédule qui ne conçoive pas l'enthousiasme des habitants du Havre, qu'il aille à l'Opéra-Comique, un jour où l'on jouera Zampa, l'Eclair ou le Postillon, et je suis sûr qu'il sortira du spectacle en répétant: bravo! Longino! bravissimo! Chollet!
LE VIOLON DE FER-BLANC
On voit peu d'instruments qui aient autant varié de nom, de forme et de matière que le violon. Depuis la lyre d'Apollon, que quelques peintures antiques nous représentent comme un véritable violon, depuis le rebec du moyen âge jusqu'aux chefs-d'œuvre des Amati et des Stradivarius, que de transformations! Malgré la puissance des instruments à vent de moderne invention, le violon s'est toujours maintenu et se maintiendra probablement toujours le roi de l'orchestre et la base de toute combinaison symphonique. Bien des essais ont été tentés pour arrondir le son de cet instrument, et il est peu de matières qu'on n'ait essayé d'employer à sa confection. A la vente après décès de l'ancien et célèbre munitionnaire Séguin, on vit avec surprise une multitude de boîtes de violon de l'invention du défunt; il y en avait en carton, en pâte, en pierre, en bois de toutes sortes: si l'asphalte avait été à la mode alors, il y en aurait certainement eu en bitume. Depuis longtemps on fait des archets en acier, et Séguin n'eût pas manqué d'en faire confectionner en fer galvanisé. La forme de ces boîtes n'était pas moins bizarre que leur matière: les unes étaient percées de trous comme une chaufferette, d'autres étaient carrées comme une souricière, cela ressemblait à tout ce qu'on voulait, rarement à un violon cependant; mais il fallait bien leur donner ce nom-là, puisque Séguin les appelait ainsi, quand il vous en faisait l'exhibition.
Un Anglais qui assistait avec moi à cette vente, s'extasiait à la vue de ce musée grotesque d'un nouveau genre, et ma surprise ne fut pas petite, quand il demanda au commissaire-priseur, si parmi tous ces violons, il n'y en aurait pas au moins un en fer-blanc. Toutes les recherches furent inutiles, et l'on ne put en découvrir un seul de cette matière.