IVAN, montrant l'Angara. Voyez ce fleuve qui coule et traverse la ville. C'est l'Angara et c'est lui… lui-même… qui va dévorer Irkoutsk!

SANGARRE.
Ce fleuve?

IVAN. Au moment convenu, ce fleuve va rouler un torrent incendiaire. Des sources de naphte sont exploitées à trois verstes d'ici. Nous sommes maîtres des immenses réservoirs de Baïkal, qui contiennent tout un lac de ce liquide inflammable!… Un pan de mur démoli par vous, et un torrent de naphte se répandra à la surface de l'Angara. Alors il suffira d'une étincelle pour l'enflammer et porter l'incendie jusqu'au coeur d'Irkoutsk! Les maisons bâties sur pilotis, le palais du Grand-Duc lui-même seront dévorés, anéantis!… Ah! Russes maudits! vous m'avez jeté dans le camp des Tartares! Eh bien, c'est en Tartare que je vous fais la guerre!

LE CHEF. Tes ordres seront exécutés, Ivan, mais quel moment choisirons-nous pour renverser la muraille des réservoirs de Baïkal?

IVAN.
L'heure où le soleil aura disparu de l'horizon.

SANGARRE.
A cette heure la capitale de la Sibérie sera en flammes!

IVAN.
Et ma vengeance s'accomplira! Partons maintenant. (Au chef.)
Tu te souviendras?

LE CHEF.
Je me souviendrai.

(Ivan et Sangarre sortent.)

SCENE II.