LE CHEF, LES SOLDATS, LE SERGENT.

LE CHEF. Prenons ici une demi-heure de repos, avant l'instant où nous devons remplir notre mission.

LE SERGENT.
Les hommes peuvent aller et venir?

L'OFFICIER. Oui, mais qu'ils ne s'éloignent pas! Nous n'aurons pas trop de tous nos bras pour renverser le mur des réservoirs de naphte!

LE SERGENT.
C'est bien!… Allez vous autres.

(Tous disparaissent après avoir déposé çà et là leurs fusils.)

SCENE III.

MARFA, PUIS LES TARTARES.

MARFA, entrant par la droite appuyée sur un bâton. Mon pauvre enfant, toi, dont le regard s'est éteint en se fixant pour la dernière fois sur ta mère, où es-tu?… Qu'es-tu devenu? (Elle s'assied.) Une jeune fille, m'a-t-on dit,… Nadia, sans doute,… guide les pas de l'aveugle!… Tous deux se sont dirigés vers Irkoutsk, et, depuis un mois, j'ai suivi la grande route sibérienne… Mon fils bien-aimé, c'est moi qui t'ai perdu! Je n'ai pu me contenir, en te retrouvant… là… devant moi… et tu n'as pas été maître de toi-même en voyant le knout levé sur ta mère! Ah! pourquoi n'as-tu pas laissé déchirer mes épaules! Aucune torture ne m'aurait arraché ton secret!… Allons! il faut marcher encore!… Je ne suis plus ici qu'à quelques verstes d'Irkoutsk! C'est là peut-être que je le retrouverai… Allons! (Elle se lève et va sortir.) Les Tartares!

L'OFFICIER, voyant Marfa.
Quelle est cette femme?