Une aberration du même genre inspire les écrits et les discours d'une prophétesse récente, une certaine Annie Besan, femme d'un pasteur anglican qui lâcha sa famille pour propager la théosophie. Je trouve dans un journal de la secte (Le Théosophe, n° du 16 août 1911) la sténographie d'une de ses conférences.

Voici quelques-uns de ses dires:

«Notre société théosophique doit aller au-devant du christianisme pour l'aider à instituer de nouveau les mystères qui conduisent à l'initiation…»

Aux premiers siècles de l'Église, Simon, Manès, Valentin, émettaient également cette prétention de diriger les chrétiens vers une compréhension supérieure des mystères.

Plus loin, Annie Besan affirme: «Jésus n'a pas le moins du monde racheté les pêchés des hommes, mais, par ses vertus, il vivifie le principe divin de celui qui réussit à s'unir à Lui… L'union avec le Christ implique que le Christ est en nous, car seul le divin peut s'unir au divin. Voilà la véritable explication de la Rédemption: c'est la Vie du Christ agissant à l'intérieur et conduisant l'homme à la libération par le Christ qui est en lui. C'est un soleil fait pour vivifier et non pour racheter les hommes. Ainsi compris, le Christ devient un frère aîné des hommes, un maître prenant forme humaine pour éclairer l'homme et lui montrer comment il est possible à celui-ci de s'unir à sa propre divinité. De là, la raison d'être de ce que l'on appelle: la naissance du Christ en soi jusqu'à égaler la stature du Christ…»

Ces blasphèmes s'encadrent de considérations nébuleuses sur la prière et prétendent s'appuyer sur certains passages des épîtres de Saint Paul.

Annie Besan possède, m'a-t-on dit, une grande puissance de persuasion. Je connais, du reste, une pauvre femme qui, fort bonne catholique lorsqu'elle la connut, se laissa influencer au point de se faire la propagatrice zélée de sa doctrine dans les patronages de jeunes filles. Elle ne se confesse plus; elle foule aux pieds les commandements de l'Église. Et pourtant elle continue à communier, aggravant de sacrilège ses égarements.

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Ainsi qu'il est logique, tous ces inventeurs de religions s'entendent assez mal entre eux. L'orgueil qui les tient les fait se considérer chacun comme le dépositaire de la vérité unique. Un gnostique, qui fut patriarche de la secte et qui, avant de mourir, reconnut ses erreurs et reçut les Sacrements, écrivait d'eux aux derniers temps de sa vie: «Dans cette Babel où se parlent et se confondent tous les dialectes infernaux, s'agite un peuple désordonné. Ces infortunés tâtonnent dans les ténèbres, se ruent vers l'illusion avec une épouvantable facilité. La terre en est couverte. On les trouve partout, sur tous les continents et par delà les mers. Je les ai vus de près. Leurs docteurs sont gonflés de fausse science et d'orgueil. Jaloux les uns des autres, ils se contredisent et s'excommunient. Leur tohu-bohu serait burlesque s'il n'était redoutable. En effet, ils se glissent partout, pénètrent dans tous les milieux, finissent par confondre les ténèbres avec la lumière, deviennent réfractaires à toute vérité, joignent l'ignorance à l'entêtement et, pour s'être trop livrés aux prestiges, ferment les yeux aux miracles quand Dieu daigne en faire devant eux pour les désabuser. Ne leur apportez pas en témoignage les merveilles que Dieu accomplit par ses saints, ne leur parlez pas des fins dernières, ils vous diront, avec une pitié méprisante, qu'ils connaissent mieux que vous ce qui se passe dans l'au-delà. Avec eux, les raisons échouent, les arguments vacillent, les exhortations s'évaporent.»

S'il faut en croire l'auteur de ces lignes, c'est surtout parmi les spirites que se manifestent cette arrogance et cet aveuglement. Il ajoute: «Dans cette foule bariolée, il y a des gens de bonne foi. Ils ont besoin de croire à quelque chose de supérieur; et comme à la racine de leur incrédulité l'ignorance germe, le spiritisme jaillit de cette racine. La femme surtout s'adonne à cette religion de l'enfer. Ses nerfs la rendent plus sensible que l'homme aux conditions qui font le medium…»