C'est vrai que le nombre des spirites est considérable et va croissant chaque jour.

Mais d'autres sectes, moins nombreuses, donnent dans des aberrations qui pour être plus ignorées, n'en sont pas moins virulentes. Par exemple les adorateurs d'Ennoïa dont les chimères valent qu'on les dénonce.

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Simon le Samaritain fut le fondateur de cette doctrine que combattit Saint Pierre, comme il est rapporté aux Actes des Apôtres. Voici le système de cet hérésiarque.

Au commencement, il y avait le Feu qui se développe selon deux natures: dans sa manifestation extérieure sont renfermés les germes de la matière; dans sa manifestation intérieure évolue le monde spirituel. Il contient donc l'absolu et le relatif: la matière et l'esprit, l'un et le multiple, Dieu et les émanations de Dieu.

Du feu primordial procèdent par couples des esprits, l'un féminin, l'autre masculin que la Gnose appelle les Éons et qui relient le monde spirituel au monde matériel. Ils composent la trame de l'esprit et la trame de la matière réalisant Dieu dans les choses, et ramenant les choses à Dieu. Et la foi qui les élève et les abaisse, les noue et les dénoue, c'est le Feu qui la détermine.

Il y a là, en somme, une sorte de panthéisme mystique dont on retrouve l'analogue dans la doctrine de Plotin.

Simon place au sommet des Éons le Père qui est Dieu et qui a pour épouse sa propre pensée sous le nom d'Ennoïa, sur la terre, c'est Hélène, une prostituée que le charlatan gnostique avait rencontrée au cours de ses pérégrinations et dont il avait fait sa compagne. Ennoïa déchue de sa grandeur céleste soupire sans cesse vers le Père et lutte contre les esprits contraires qui l'ont enfermée dans un corps souillé. Elle poursuit à travers les siècles un douloureux exode de transmigrations.

Cette chute d'Ennoïa, cette décadence de la pensée dans la matière, c'est, d'après Simon, l'origine du mal.

Hélène erre donc d'âge en âge, s'incarne d'une femme dans l'autre jusqu'au moment où elle doit être rachetée. Le jour où Simon, qui se disait lui-même la grande vertu de Dieu et l'incarnation du Père, la tira d'une maison malfamée de Tyr pour en faire sa concubine, il osa lui appliquer la parabole de la brebis perdue et retrouvée et il la donna pour le point central de son système.