S'égalant au Seigneur, le Mage ajoutait qu'en même temps que Jésus avait paru en Judée, sous le nom de Fils, lui-même avait paru en Samarie sous le nom de Père et Hélène — la pensée de Dieu ou le Saint-Esprit — chez les Gentils, tous trois pour compléter la création et la rectifier.

Hélène était donc à la fois Dieu et femme. Elle devint pour les disciples de Simon la représentation du divin dans le monde plus encore que le fondateur de la secte et, avaient-ils l'audace sacrilège d'ajouter, plus que Jésus-Christ.

Comme il arrive presque toujours chez les hérétiques, cette métaphysique équivoque servit de prétexte à Simon et à Hélène pour affranchir leurs adeptes du joug de la morale.»Tout est pur aux purs», disaient-ils.

On voit où menait cette doctrine soi-disant transcendante qui se formulait d'ailleurs en deux règles essentielles: donne-toi à la science qui est la joie de l'esprit. Donne-toi à l'amour qui est la joie de la chair.

Hélène reçut un culte parmi les disciples de Simon. Certaines populations païennes au milieu desquelles elle prêcha, lui élevèrent des statues comme elles en dressèrent à Simon. Son nom se prononçait comme un mot sacré et donnait accès aux réunions des premiers gnostiques. On ne sait ni où ni comment elle mourut.

Mais les hérésies, comme ont pu le constater ceux qui se livrent à ce genre d'études, ne disparaissent jamais complètement. Celle-ci traversa les siècles et finit par se concentrer dans le culte exclusif d'Ennoïa qui compte encore aujourd'hui, notamment à Paris et à Lyon, un certain nombre d'adeptes.

Un gnostique, rencontré jadis, m'a donné quelques renseignements sur les faits et gestes de la secte. C'était lui-même un homme fort intelligent, fort lettré, mais qui annihilait ses qualités dans d'épuisantes débauches. D'une des chambres de son appartement, il avait fait un oratoire où l'on voyait un autel surmonté d'une statue d'Hélène en marbre blanc. Le plafond et les murailles étaient revêtus de tentures bleu-ciel semées d'étoiles d'or. Des vitraux de couleur ne laissaient pénétrer qu'une demi- lumière. Des ornements en stuc, d'une signification obscène, garnissaient la frise.

Là se tenaient périodiquement des réunions où l'on récitait des prières à Ennoïa. Ces oraisons parodiaient souvent les litanies de la Vierge ou les hymnes de la liturgie catholique. Le patriarche prononçait un sermon sur quelque texte gnostique. On brûlait des parfums violents. Puis la séance se terminait par une orgie sur laquelle il est inutile d'insister.

Retenons simplement que les disciples d'Ennoïa prétendent qu'elle erre toujours dans le monde sous la forme d'une femme et que quand ils l'auront découverte et intronisée, son ascendant sera tellement irrésistible qu'elle réunira tous les gnostiques, tous les spirites et tous les francs-maçons pour un assaut suprême à l'Église.

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