Comme il fallait s'y attendre, les condamnations plurent sur le pamphlétaire. Or il ne souciait pas du tout d'aller en prison.

Dépistant la police, lancée à ses trousses, il gagne Londres. Mais comme il ne parle pas l'anglais, il s'y ennuie. Et il s'y ennuie d'autant plus que les compagnons réfugiés là-bas l'assomment par leurs querelles intestines, leur pédantisme et leur manque d'humour.

Il s'embarque pour la Hollande. À Rotterdam il trouve un chaland qui se préparait à remonter le Rhin jusqu'à Spire. Il persuade aux mariniers de le prendre avec eux. Et pendant une quinzaine de jours, il goûte le plaisir d'admirer de beaux paysages, nonchalamment étendu sur une bâche.

De Spire, il gagne à pied la Forêt Noire puis la Suisse qu'il traverse en largeur. Il franchit les Alpes et arrive à Milan où il se propose de séjourner quelques semaines. Mais la police italienne se renseigne sur son compte et, très ombrageuse quant aux anarchistes, l'arrête. Il est question de le livrer aux autorités françaises. Mais il proteste, se démène, parvient à établir sa qualité de condamné politique. C'est bien: il ne sera pas rendu à la France mais, comme on le juge indésirable, expulsé sur l'heure. On lui met les menottes et deux carabiniers le conduisent à la frontière autrichienne.

De là, il file sur Trieste. Flânant au quai du port, il avise un paquebot en partance pour le Pirée.

Tiens, se dit-il, si j'allais en Grèce!

Aussitôt fait que projeté. Il loue une cabine et se réjouit à la pensée de se réciter du Sophocle sur les lieux même où le poète conçut ses drames.

Une tempête formidable assaille le navire à la sortie de l'Adriatique. Le vaisseau, cependant, tint bon et Zo d'Axa en est quitte pour un ample mal de mer.

Au débarqué, il s'aperçoit qu'il ne lui reste presque plus d'argent. Il écrit une lettre pathétique à sa famille, supplie qu'on lui adresse quelques fonds poste restante, et, en attendant la réponse, gagne Athènes d'un pied léger.

Là, comme il veut ménager ses derniers sous, et que la température est douce, il escalade l'Acropole et s'installe, pour passer les nuits, dans les ruines du Parthénon. Il se nourrit de pain, de figues et de pastèques arrosés d'eau claire et de quelque raki. Il se lie avec des officiers hellènes que sa verve émerveille et ahurit tour à tour.