L'argent arrive. Comme l'Attique n'a plus d'attraits pour Zo d'Axa, il prend le bateau pour Constantinople. Dans cette ville disparate il badaude au hasard, allant çà et là où le vent le pousse. Un jour il se faufile, sans savoir, dans des fortifications dont l'entrée est interdite au public. Un factionnaire lui enjoint de rétrograder. Il ne comprend pas l'injonction et poursuit sa promenade. Sur quoi, cri d'alarme, coup de fusil, vingt soldats, jaillis d'un poste voisin, à sa poursuite. Il se sauve éperdument et parvient à se dérober. Mais craignant les suites, et sachant la police hamidienne peu tendre aux révolutionnaires, il gagne, de nuit, la Corne d'Or et fait marcher un caboteur italien qui, de Smyrne à Rhodes, de Rhodes à Beyrouth, le mène à Jaffa où il reprend terre.
Or les Ottomans avaient découvert son exode et, s'étant renseignés à Paris, invitèrent le consul de France à l'arrêter, en vertu des Capitulations, dès qu'il débarquerait.
C'est ce qui arrive. À peine sur le quai de Jaffa, il est empoigné par les _chaouchs _du consulat, interrogé sommairement par le consul puis enfermé dans une chambre, au rez-de-chaussée, qui ne contient qu'un lit de fer sans sommier ni matelas. Une lucarne exiguë l'éclaire.
La nuit vient. Zo d'Axa ne rêve que d'évasion. Il se hisse jusqu'à la lucarne, dans l'intention de se faufiler dehors. Hélas, elle est trop étroite pour qu'il passe. Alors il redescend, démantibule le lit et, s'armant d'une tringle qui formait l'un des montants, il travaille à élargir l'ouverture. La besogne est malaisée car il lui faut s'efforcer de faire le moins de bruit possible pour ne pas donner l'alarme à ses gardiens. Enfin, au petit jour, le trou est percé. Le prisonnier saute dehors et s'enfuit sur la route de Jérusalem.
Mais il a été aperçu. Les chaouchs se mettent, en hurlant, à sa poursuite. Comme il a quelque avance, il espère les dépister. Avisant une sorte de bazar sur le bord de la route, il s'y précipite et supplie le propriétaire de le cacher. Celui-ci — un Juif clignotant et crasseux — l'examine un bon moment puis lui demande: — Vous avoir de l'argent?
Zo d'Axa n'en a point. Au moment de son arrestation, on lui a enlevé tout ce qu'il portait sur lui.
Sur sa réponse négative, l'Israélite le pousse dehors. Les chaouchs surviennent, empoignent l'évadé, le garrottent et le reconduisent, en triomphe, au consulat. Il y attend neuf jours l'arrivée du bateau qui doit le ramener en France.
Le paquebot en rade, il est transporté à bord et enchaîné sur le pont. Au bout de quarante-huit heures, le capitaine, qui l'a interrogé et que ses dires spirituels et goguenards séduisent, ne le jugeant guère dangereux, lui fait donner sa parole de ne pas tenter d'évasion aux escales et lui enlève ses chaînes.
Au débarcadère, à Marseille, deux agents de la sûreté attendent Zo d'Axa, lui repassent les menottes et le conduisent à Paris. Il est enfermé à Sainte-Pélagie où il liquide les mois de prison auxquels il fut condamné.
Après sa sortie, l'existence lui devint difficile. Une tentative pour recommencer l_'En-Dehors_ ne réussit pas. Il végétait, quand à l'époque de l'insurrection des Boxers, il parvint à se faire envoyer en Chine pour le compte d'un journal illustré.