Justement le voilà qui entre, ce personnage mystérieux. — C'est M. Morin, le patron d'Hélène… et c'est aussi le mari de «la sainte». Reconnaissance mutuelle, explications, exclamations, bref une de ces scènes lacrymatoires comme il s'en confectionne à l'usage des drames pédagogiques.

Morin s'accuse et se repent. Il fut jadis un ivrogne fieffé. Un soir, dans un accès de rage alcoolique, il a frappé Jeanne de deux coups de couteau puis a pris la fuite.

Pourquoi donc a-t-il voulu assassiner sa femme et pourquoi aussi fréquentait-il les mastroquets?

Parce qu'il ne savait pas lire. — C'est lui-même qui nous l'apprend:

Je n'ai jamais connu le chemin de l'école!

L'école laïque, bien entendu. Car d'école congréganiste il ne saurait être question. M. Manuel la tient probablement pour pire que le comptoir des marchands de vins.

Mme Morin guérit de ses blessures à l'hôpital. Héroïque — elle a lu tant de livres! — elle résista aux suggestions de la misère, trouva du travail, éleva son fils dans l'amour des abécédaires, puis des manuels de vulgarisation, et fit de lui le secrétaire de sociétés vertueuses que nous savons.

Quant à Morin, il avait éprouvé des remords; d'ivrogne et de paresseux qu'il était, il devint sobre et travailleur. De ce moment, il prospéra, s'enrichit et s'améliora de plus en plus. Aujourd'hui le voici commerçant à son aise et, en outre, philanthrope.

Comment s'opéra cette transformation?… Oh! c'est très simple: dans l'intervalle, Morin avait appris à lire.

Effusions, réconciliation, embrassades, pluie de larmes heureuses. Hélène paraît. Morin père et mère donnent leur bénédiction aux jeunes fiancés. Apothéose, feux de Bengale. Tirade finale où Morin recommande aux spectateurs de lire jour et nuit pour devenir vertueux. La toile tombe tandis que l'orchestre joue: Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille — quand on sait lire…