* * * * *

Si je me suis étendu sur ce petit drame où l'extravagance de la pensée s'exprime en des vers d'une désolante platitude, c'est parce qu'il me semble fort représentatif d'un état d'esprit tout à fait baroque.

Quoi donc, voilà des gens cultivés, des universitaires, comme M. Manuel, qui devraient avoir appris, par la seule expérience, que ce n'est point en suralimentant l'âme humaine de notions hétéroclites, et parfois d'une exactitude contestable, sur l'histoire, la morale, la biologie, les littératures et les arts, qu'on la rend meilleure.

Que non pas: imbus des sophismes promulgués par la Révolution, persuadés, — en bon matérialistes — que l'homme est un animal perfectible, convaincus qu'un prolétaire formé par l'école laïque et, par conséquent, républicain est fort supérieur à tout individu formé par l'Église et muni de convictions monarchiques, ils vivent, comme dit Charles Maurras, dans les nuées. Ils ont imaginé un citoyen idéal que la pratique de la liberté, de l'égalité, de la fraternité et la vulgarisation de la science doivent rendre apte à évoluer vers la perfection. Cette chimère leur déforme le jugement au point qu'ils perdent, je le répète, tout sens du réel. C'est en vain que la vie leur donne des leçons brutales. C'est en vain que les systèmes philosophiques, qui s'efforcent d'expliquer l'univers et d'organiser cette barbarie industrielle, prise par la plupart de nos contemporains pour une civilisation, font faillite les uns après les autres. C'est en vain que les riches deviennent de plus en plus durs et les pauvres de plus en plus haineux. C'est en vain que l'alcoolisme prospère, que les crimes se multiplient, que les fous pullulent. Peu leur importe: ils errent dans leurs ténèbres en répétant avec obstination: l'homme est bon, le Progrès nous inspire et nous guide vers d'éblouissantes destinées. Demain, nous serons tous des dieux!…

L'Église de Jésus-Christ les avertit sans cesse qu'ils courent à des catastrophes. Elle leur montre la Croix qui scintille dans la nuit où ils vaguent parmi l'or, parmi la boue, les larmes et le sang.

Constante dans la foi, immuable dans l'espérance, infatigable dans la charité, elle s'efforce de les éclairer.

Mais pour ne point l'entendre, ils hurlent des blasphèmes. Ou bien, tristes fous ignorant que l'Église ne peut pas périr, ils se ruent contre elle avec l'espoir qu'en la tuant, ils aboliront leur conscience.

L'Église essuie sa face couverte de fange. Avec une douceur inflexible elle poursuit sa mission de rachat universel. Quand cette société vermoulue, moisie, minée par plus d'un siècle de métaphysique aberrante, s'écroulera sous les coups des fils de ceux qui crurent l'édifier à la gloire d'une humanité sans Dieu, l'Église sera là pour tout reconstruire et pour tout purifier…

CHAPITRE VI CHEZ LES PAYSANS

Au chapitre précédent je constatais combien l'instruction donnée à tort et à travers, comme on le fait aujourd'hui, laissait peu de traces dans les cerveaux qui, très évidemment, ne sont pas faits pour se l'assimiler.