Il eut un geste coupant qui rasait les futaies et il ajouta: La cognée dans tout cela!
Le voyant excité, je voulus en profiter pour découvrir jusqu'où allait sa pensée. Je lui dis: — Mais à supposer que le baron mette le domaine en vente comme on en parle, vous savez bien que Rothschild, qui le guette, vous le chiperait.
Il rougit; un éclair de rage lui passa dans les prunelles: — Oh! celui-là, gronda-t-il, on devrait…
— On devrait quoi?
— Rien, reprit-il et il serra les dents, ressaisi par la prudence coutumière à sa classe.
Mais il avait révélé sa convoitise et son visage revêtit pendant quelques secondes une expression féroce. D'évaluer toute cette terre inculte le mettait hors de lui. Je sentis que le feu des anciennes Jacqueries rougeoyait toujours au fond de l'âme paysanne.
J'en conclus qu'on peut, sans exagération, avancer que l'homme de la campagne se tient, d'une façon plus ou moins confuse, pour le maître légitime du sol et qu'il regarde comme un usurpateur — à chasser, à détruire, le cas échéant — quiconque lui en ravit des lambeaux dans un but d'agrément.
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Ne demandez pas non plus au paysan de goûter la poésie de son terroir sous quelque forme que ce soit. Ni les jeux de la lumière et de l'ombre dans les frondaisons épaisses, ni les moires argentées qui frissonnent sur les champs d'avoine, ni l'éclat des coquelicots et des bleuets parmi les blés mûrissants ne l'émeuvent. S'il regarde le ciel au lever ou au coucher du soleil, ce n'est que pour en tirer des pronostics sur le temps qu'il va faire et jamais pour en admirer les nuances. Bien plus, tels épisodes des saisons qui nous ravissent le gênent et l'irritent.
En voici un exemple: je le cite parce que, sous une forme comique, il démontre fort bien à quel point le paysan est réfractaire à la sensation de beauté.