L'autre fait, que je veux citer, a rapport à l'histoire de France et ne me semble pas moins significatif.
On sait qu'au programme de l'école primaire, la Révolution tient une place capitale. On s'attache surtout à persuader aux enfants que la période qui précéda cette époque mémorable fut un temps de barbarie, d'obscurantisme et de souffrance où le peuple se composait de faibles agneaux dévorés par les bêtes féroces de la noblesse et du clergé.
Il serait donc logique que les faits marquants de la Révolution demeurassent gravés dans la mémoire de ceux à qui on les fit apprendre avec tant de parti pris.
Or il n'en est rien. Les enquêtes instituées à ce sujet ont prouvé d'une façon surabondante que là encore l'enseignement laïque tombe en déconfiture.
Le facteur rural, qui desservait la commune, m'apporta une lettre recommandée. C'était un jeune homme d'environ vingt-six ans, d'esprit très éveillé.
Je signai sur son registre et je datai. Le calendrier indiquait le dix août.
— Tiens, remarquai-je, le dix août, c'est une date fameuse. Vous qui êtes un républicain zélé, elle doit vous rappeler des souvenirs glorieux.
Le facteur ouvrit de grands yeux: il ne saisissait pas du tout ce à quoi je faisais allusion.
— Mais oui, voyons, le 10 août 1792, la prise des Tuileries par le peuple, le renversement de la royauté: à l'école, vous avez appris cela.
Il balbutia: — Peut-être bien; je n'ai pas souvenance.