Cela signifiait que, vu la péripétie, il se préparait à vendre son vote une seconde fois — et le plus cher possible.

Autre exemple typique: le village d'A…, perché à quinze cents mètres dans un massif granitique à l'est de Cauterets, était d'un abord très difficile. On n'y parvenait que par un sentier en casse-cou, bordé de roches abruptes et de précipices. Il était tout à fait impossible aux autos de s'y risquer.

Or les habitants enviaient fort la bonne fortune de leurs voisins qui possédaient un casino, des sources thermales et une belle route en lacets parcourue par un tramway électrique.

— Nous aussi, disaient-ils, nous avons de l'eau sulfureuse, des points de vue renommés, des hôtels qui ne demandent qu'à s'agrandir. Il ne nous manque qu'un chemin praticable aux voitures… Mais la commune est pauvre et il nous faudrait de l'argent pour le construire.

Des demandes de subvention au conseil général et au ministère des travaux publics n'avaient pas été accueillies.

Mais les candidats à la députation étaient là et l'on pourrait peut-être leur soutirer une somme suffisante pour commencer les travaux.

Du moins c'est ce que se dirent les fortes têtes du pays. Une députation fut envoyée à Renaud et lui demanda tranquillement quatre mille francs; moyennant quoi tout le village s'engageait à voter pour lui.

Renaud se déroba non sans peine; mais, une fois, par hasard, il eut inspiration assez subtile: — Je ne puis pas grand-chose, dit- il aux délégués, étant de l'opposition, mais M. Dupuy qui est au mieux avec le gouvernement vous obtiendra une subvention et tout d'abord vous versera sans doute de sa poche la somme qui vous est immédiatement nécessaire. Allez donc le trouver. Si vous échouez et que je sois élu, alors je vous viendrai en aide.

Les montagnards ne se le firent pas répéter. Ils s'amenèrent auprès de Dupuy et, naïvement, lui dirent qu'ils étaient envoyés par Renaud pour lui réclamer les quatre mille francs en question. Le jeune blocard, mis en méfiance par ses agents qui flairaient un piège de l'adversaire, comprit que s'il s'exécutait, cette largesse pourrait servir, par la suite, à prétexter une demande d'invalidation.

Il refusa. Malheureusement, il était seul au moment où les solliciteurs l'abordèrent. Il ne sut pas atténuer leur désappointement par quelques promesses enveloppées de phrases bénisseuses et lénitives. Il les envoya promener rudement et ne se priva même pas d'assaisonner sa rebuffade de quelques épithètes désobligeantes.