Dehors, leur indignation éclata. Faisant presque toutes partie de l'Hospitalité, elles donnaient leur temps, leurs forces, leur argent sans compter, heureuses de servir la Vierge, d'assister les malades et les pauvres pour l'amour de Dieu. Jamais il ne leur serait venu à l'esprit de monnayer leur dévouement.
Que valait donc ce soi-disant catholique qui, plus sordide qu'un Juif, ne voyait dans les merveilles de foi, d'espérance et de charité dont la Grotte est le sanctuaire, qu'un prétexte à spéculations de bourse et qu'un moyen séduisant de faire fortune?
Telle était l'aberration de Renaud qu'il ne voulut jamais comprendre qu'il s'était coulé dans l'opinion des chrétiens sincères par sa méconnaissance des mobiles d'ordre surnaturel qui déterminent les hospitaliers de Lourdes et par les malpropres appétits de lucre que dénonçait son discours.
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J'en ai dit assez. Il est, je pense, démontré, qu'à Lourdes comme ailleurs, le fonctionnement du suffrage universel ne produit que des trafics, des intrigues et des capitulations de conscience bons à écoeurer quiconque garde le souci de sa propreté morale.
L'ennui d'être forcé, malgré moi, d'assister à cette comédie fangeuse n'était compensé que par le plaisir d'explorer la montagne au hasard des réunions électorales et d'y admirer d'incomparables sites. Il y eut aussi quelques expéditions amusantes.
Celle-ci par exemple.
Un soir que nous étions à Argelès, en train de prendre du thé, après une fatigante tournée dans la montagne, un personnage mystérieux fut introduit qui se dit délégué par un groupe radical de Tarbes. On lui demanda ce qu'il désirait. Alors il nous expliqua que ses amis ayant des raisons d'entraver la candidature de Dupuy, nous proposaient des armes contre lui.
Quelles raisons? demandons-nous?
Il ne consentit pas à les donner nettement. À travers les explications confuses qu'il bégaya, nous comprîmes cependant que Dupuy père les avait désobligés et qu'ils cherchaient à se venger en jouant quelque mauvais tour à son fils.