Ainsi fut fait. Comme renfort, je m'étais adjoint Pierre, le domestique de la maison où je logeais. C'était un garçon discret et dégourdi dont l'aide nous serait utile.

Nous commençons par Saint-Pé. Nous nous étions partagé la besogne de la manière suivante: en entrant dans chaque bourgade nous prenions R… et moi le côté droit de la rue principale, L…, et Pierre, le côté gauche et nous collions nos affiches dans tous les endroits propices.

De Saint-Pé, qui est dans la plaine, nous regagnons Lourdes en quatrième vitesse; nous contournons la ville pour ne pas être reconnus et nous filons tout droit sur Pierrefitte où nous renouvelons la manoeuvre. La chose allait fort rapidement: je n'aurais pas cru que le métier d'afficheur était aussi facile à exercer.

De Pierrefitte nous couvrons, à grande allure, les onze kilomètres de la route qui monte à Luz.

De Luz nous nous rendons à Saint-Sauveur. Nulle part nous ne fûmes dérangés: personne dans les rues — les montagnards se couchent de bonne heure — tout dormait sauf quelques chiens vigilants dont les abois furieux ne réussirent pas à donner l'alarme.

Le plus gros de la besogne était fait; mais le violent exercice auquel nous venions de nous livrer nous avait ouvert l'appétit. Heureusement L…, homme de prévoyance, avait emporté un vaste panier contenant des volailles froides, des sandwichs au roastbeef, plusieurs bouteilles de vieux vin et une fiole pleine de café très fort.

En descendant de Luz, nous décidons de faire collation. Nous nous arrêtons sur un pont franchissant un gouffre au fond duquel le Gave écumait en grondant. Il était trois heures du matin.

Le repas fut délicieux: éclairés par une lampe à acétylène au plafond de la limousine, nous dévorions et nous trinquions en échangeant des propos dépourvus de mélancolie. Bien entendu le chauffeur avait part au festin: c'était un personnage jovial, très expert dans son art. De plus, étranger au pays, bien payé, cette randonnée nocturne l'amusait beaucoup.

Pour terminer, nous suivîmes, ainsi qu'il était convenu, la rive droite du Gave. À quatre heures et demie, nous collions nos dernières affiches sur les murs de Lugagnan et comme cinq heures sonnaient à la basilique, nous rentrions à Lourdes où nous nous séparâmes pour aller prendre un repos bien gagné.

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