Verlaine n'est pas seulement l'auteur des plus beaux vers religieux publiés au dix-neuvième siècle, il est aussi un Gallo- Latin chez qui l'on reconnaît sans peine l'influence de l'art classique. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir inauguré une forme d'art nouvelle tout en nuances et en musiques délicates, tout en images neuves et en rythmes imprévus.
Et puis comme il a rendu cette floraison suprême du catholicisme: la Mystique! Parlant des sonnets de _Sagesse, _Jules Lemaître a pu dire avec raison: «Ces dialogues avec Dieu sont comparables — je le dis sérieusement — à ceux du saint auteur de l'Imitation. À mon avis, c'est peut-être la première fois que la poésie française a véritablement exprimé l'amour de Dieu».
Oui, je sais, quand on parle de Verlaine, les Pharisiens se renfrognent et lui jettent la pierre à cause de ses faiblesses, de ses égarements et des liaisons douteuses où s'acheva son existence.
Mais les gens de coeur et de bonne foi n'ignorent pas qu'il fut, presque toujours, horriblement malheureux et que s'il faillit souvent, ses fautes réclament bien des circonstances atténuantes.
En effet Verlaine fut la victime d'un défaut de caractère que tous ceux qui l'ont connu purent constater: il ne possédait pas l'ombre de volonté; jamais il n'en eut plus qu'un enfant de cinq ans. Par contre, il était doué d'une imagination dévorante.
Ah! l'imagination, c'est une admirable faculté pour un poète. Mais elle lui est aussi parfois bien néfaste!
Tant qu'il s'agit de forger des strophes d'un sentiment intense, elle lui rend les plus grands services, mais dès qu'il dépose la plume pour rentrer dans la vie quotidienne — la froide et dure vie quotidienne — elle lui joue autant de tours que pourrait le faire une fée malicieuse.
Si, par surcroît, comme Verlaine, le poète est doué d'un tempérament ardent, s'il manque d'énergie pour résister aux impulsions de son extrême sensibilité, il sera entraîné aux plus grands écarts. Oh! il se repentira, il fera des efforts sincères pour réparer ses fautes. Mais s'il ne trouve pas sur sa route quelque âme énergique autant qu'aimante qui prenne sur lui de l'influence, il aura beau lutter pendant des mois, voire pendant des années, il finira toujours par retomber et, de chute en chute, il deviendra une triste épave ballottée aux souffles de l'adversité.
Telle est justement l'histoire du pauvre Verlaine.
Je n'ai pas l'intention de commenter ici son oeuvre. Je l'ai fait dans de nombreux articles et dans des conférences qui lui procurèrent — on me l'affirme — des admirations et des indulgences.