Puis je me remémorai la douloureuse chanson de Sagesse où se résume la destinée de Verlaine. Vous la rappelez-vous?
Je suis venu, calme orphelin, Riche de mes seuls yeux tranquilles, Vers les hommes des grandes villes — Ils ne m'ont pas trouvé malin.
À vingt ans, un trouble nouveau, Sous le nom d'amoureuses flammes, M'a fait trouver belles les femmes — Elles ne m'ont pas trouvé beau.
Bien que sans patrie et sans roi Et très brave ne l'étant guère, J'ai voulu mourir à la guerre — La mort n'a pas voulu de moi.
Qu'est-ce que je fais en ce monde? Suis-je né trop tôt ou trop tard? O vous tous, ma peine est profonde: Priez pour le pauvre Gaspard…
Oui, prions pour Verlaine et pour tous les infortunés poètes que la bêtise humaine mordille, que l'hypocrisie humaine lapide, que la méchanceté humaine écorche vifs. Dieu, qui est miséricorde, ne leur inflige, sans doute, qu'un bref Purgatoire: ils ont déjà tant souffert sur notre déplorable planète! Espérons aussi qu'une fois purifiés par les flammes réparatrices, ils seront chargés, Là- Haut, de tracer, avec des plumes de cygnes, des arabesques d'or lumineux sur les portes du Paradis…
* * * * *
Verlaine, du moins, parvint à la cinquantaine avec l'assurance que ses vers étaient acclamés dans le monde entier — malgré Caliban et la muflerie démocratique.
Mais que dire des poètes qui moururent jeunes sans avoir entrevu la première aube de la gloire?
Ah! qu'ils furent nombreux dès le temps où nous nous embarquions, auréolés d'espoir, vers les Hespérides du rêve!