D’autre part, si je considère, par exemple un Balzac, génie dont l’œuvre domine le XIXe siècle, que me fournit-il ?
L’affirmation, avec preuves à l’appui, que notre fléau l’individualisme, né de la Révolution, source des variations perpétuelles, a pour première cause ces fameux principes encyclopédiques dont les différents régimes qui se succèdent au pouvoir depuis plus de cent ans, se sont si follement infatués.
Qu’est-ce que Balzac en a conclu ? Ceci : que l’Eglise étant immuable pouvait seule allumer le phare dont la lumière serait assez puissante pour rallier toutes ces barques à la dérive dans la brume que sont nos institutions et nos sciences.
Voilà donc une grande intelligence, douée d’une perspicacité supérieure, cela, même les indifférents l’avouent. Elle n’a fait que répéter, avec une force impérieuse, ce que les défenseurs de l’Eglise proclament depuis les origines, à savoir qu’en dehors d’elle, il n’y a point de salut. — Et je suis bien obligé de reconnaître que les faits leur donnent raison.
Donc l’Eglise n’ayant jamais varié, son unité, sa constance doivent avoir une cause plus qu’humaine puisque l’humanité, livrée à elle-même, n’est que changement.
En outre les préceptes de sa morale sont salutaires et il est certain que si nous les appliquions, nous n’en vaudrions que mieux. Par suite ces préceptes doivent être propres à fournir une règle de vie aux pauvres âmes qui, comme la mienne, errent douloureusement de grèves désertes en récifs, faute d’avoir trouvé le havre tranquille où elles pourraient jeter l’ancre.
Oui, continuai-je, tout heureux d’avoir enfin aperçu un flambeau dans mes ténèbres, l’Eglise doit détenir la vérité consolatrice et salvatrice. Et si elle la détient, comme elle déclare procéder d’une révélation divine, c’est donc que Dieu existe !…
Ah comme, alors, je respirai à l’aise ! La forêt me parut transfigurée ; et on eût dit que les rayons du ciel imprégnaient toujours davantage ses frondaisons harmonieuses. Une force nouvelle coulait dans mes veines. J’aurais pu m’écrier, avec saint Augustin : « Je ne vous aimais pas encore, ô mon Dieu, vous qui êtes maintenant la lumière de mon cœur, vous qui soutenez et fortifiez mon esprit. Et pourtant j’entendais votre voix me crier de tous côtés : Courage ! Courage[4] !… »
[4] Confessions : livre I, chap. XIII.
Mon âme s’épanouissait toute ; et je compris qu’il fallait rendre grâces. Je tombai à genoux sur la pierre moussue et, pour la première fois depuis ma quinzième année, je priai :