Je le regardais anxieusement s’approcher. Il devait seulement être de passage à Fontainebleau car, les figures du clergé de la ville m’étaient familières et je ne le reconnus pas pour en faire partie. Par la suite, je ne l’ai, d’ailleurs, jamais revu.
Il récitait sans doute l’Angelus puisque, quand il fut arrivé à la hauteur du chêne où je m’appuyais, il prononça ces mots que je saisis très distinctement : — Et Verbum caro factum est : Et habitavit in nobis…
A l’ouïr, un frisson me passa par tout le corps. Je me répétai tout bas : — Le Verbe s’est fait chair ; il habita parmi nous !
O mon Dieu, c’était une grâce de plus que vous me faisiez. Au moment même où je venais de remettre mon âme entre vos mains adorables, vous avez voulu qu’une parole de Votre Sagesse me fût ainsi révélée. Père, Fils, Saint-Esprit, soyez-en glorifié tant qu’il me restera un souffle d’existence pour me prosterner devant Vous…
J’étais si bouleversé ; ces phrases divines résonnaient si haut en moi que je demeurai immobile ; le vieux prêtre dépassa mon gîte sans se douter que j’étais là.
Je le regardai s’éloigner, dans une sorte de stupeur. Mais quand il fut à deux cents mètres environ, je ne sais quelle force me poussa. Il me sembla entendre crier au dedans de moi : — Va !…
Je sortis de mon réduit, avec un grand fracas de branches froissées, et je courus vers lui, en l’appelant : — Monsieur, monsieur, s’il vous plaît !…
Il se retourna, parut surpris et même un peu alarmé. En effet je devais avoir vaguement l’apparence d’un malandrin surgi du fourré pour lui demander la bourse ou la vie. Mais il demeura, sur place à m’attendre.
Quand je fus près de lui, je ne sus quoi dire. Ma langue restait collée à mon palais. Je me sentais tout effaré.
Il m’examina et voyant que je gardais le silence, il me demanda : — Que désirez-vous, Monsieur ?