Tous les assistants, charmés de cette bonne nouvelle protestèrent de leur discrétion — sauf moi, qui gardai le silence. Nous avons vu, depuis, comment le plan exposé ce jour-là, fut, en effet, mis en œuvre.

Je sortis de cette sentine dégoûté. Je crachai sur le seuil et je me jurai de ne plus rien avoir de commun avec ces tartufes de démocratie. Car, je dois l’avouer, au détriment de ma perspicacité, j’avais pris presque au sérieux jusqu’alors, et malgré tant d’indices révélateurs, la feinte bonne foi du Gouvernement dans l’affaire de la Séparation.

Je m’écartai donc, une fois pour toutes, de cette politique de Mandrins cauteleux et je retournai à mes préoccupations.

Que d’heures lugubres je passai alors à errer dans Paris en ressassant mes chagrins et mes incertitudes. Tout m’ennuyait : les tableaux du Louvre où je me réfugiais de temps à autre, la lecture des papiers publics, les colloques avec mes confrères et même la poésie. Il m’arrivait bien d’esquisser quelques strophes ; mais je ne les terminais pas ; je déchirais le papier où je les avais jetées et j’en restais là, en me disant : — A quoi bon !

Je ne pouvais plus penser qu’à Dieu. Je me tournais vers Lui ; je lui demandais de réveiller mon âme engourdie et de m’assister dans mes peines. Et notre bon Père qui est dans les cieux ne me faisait pas défaut. Non seulement Il me consolait mais encore Il ancrait de plus en plus en moi la certitude de sa toute-puissance. Je l’atteste : dès cette époque et jusqu’à l’heure où j’écris ces lignes, jamais un doute à cet égard ne m’effleura l’esprit.

Cependant, quoique favorisé de la sorte et en ayant presque conscience, je ne me décidais pas à faire la démarche qui eût amené ma conversion définitive. Le Mauvais, qui se voyait menacé de perdre une âme naguère vouée à ses maléfices, m’écartait des églises. J’éprouvais une vague frayeur à la seule pensée d’entrer dans quelqu’une. Et cette répugnance se traduisait par un scrupule bizarre.

M’agenouiller sous ces voûtes imprégnées de prières, me disais-je, moi qui me suis rendu coupable de tant de blasphèmes, de vilenies et de malpropres luxures, ce serait commettre une sorte de sacrilège. Jamais je n’oserai.

Une après-midi, pourtant, après avoir erré, peut-être une heure, sur le parvis de Notre-Dame et dans le square qui verdoie derrière le chevet de la basilique, je pris mon parti ; je franchis le seuil et je suivis le bas-côté qui longe le petit bras de la Seine.

L’église était presque déserte. Deux ou trois femmes priaient devant la statue de la Sainte Vierge qu’on voit à droite de la grille du chœur, quand on fait face au grand autel. Je m’arrêtai pour les regarder et leur ferveur me toucha. Je pensai : — Que je voudrais faire comme elles !

Je fus, alors, sur le point de tomber à genoux. Quelqu’un parlait en moi qui me disait : — Va, humilie-toi ; ne crains rien : tu seras exaucé.