— Ah ! me disais-je, songe à toutes les années que tu vécus en proie à ces prestiges inanes. Et qui sait ? Si le bon Dieu ne t’avait pas frappé justement, et moins encore que tu ne le mérites, tu aurais peut-être regagné les chemins de la perdition.

Raisonnant de la sorte, j’aurais chu dans la misanthropie si je ne m’étais représenté que des souffrances sans nombre compensent les aberrations et les péchés où s’égarent les hommes.

Ayant vérifié sur moi-même à quel point toute jouissance mauvaise, toute malice contre Dieu se paient par des tourments physiques et moraux, je m’écriais : — Mon Dieu, qu’est-ce que ce monde, sinon une jungle où des bêtes de cruauté et de ruse s’entredéchirent, où le mal régnerait seul si vous ne nous rameniez à vous par la douleur ?

Et je concluais — surtout aux heures où la maladie m’éprouvait davantage — par la récitation des strophes splendides de Baudelaire :

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance

Comme un divin remède à nos impuretés

Et comme la meilleure et la plus pure essence

Qui prépare les forts aux saintes voluptés.

Je sais que vous gardez une place au poète

Dans les rangs bienheureux des saintes légions,