Moi. — C’est vrai que je suis bien las…
Le Démon. — Veux-tu retrouver le calme ? Ecarte cette sotte illusion de repentir. Reprends tes habitudes. Et pour commencer, abolis ce fantôme que tu appelles Dieu.
Moi. — Ah ! non par exemple ; jamais ! Je crois en Dieu de tout mon cœur.
L’Ange. — Alleluia !
Le Démon. — Alors tu n’as pas fini de souffrir. D’autant plus que je distingue toujours, au fond de ton âme, le désir de suicide.
Moi. — Que Dieu m’assiste. Je crois en Lui…
Tout fut silence. J’étais au sommet des Hautes Plaines. Le soleil merveilleux trempait de clarté les futaies sommeillantes. Des bouvreuils chantaient, en sautillant, çà et là. De fins bouleaux frémissaient à peine sous un vent tiède. Moi, les yeux levés vers le ciel d’azur et d’or incandescent, je répétais : Mon Dieu, venez à mon aide, je me repens !…
X
A la suite des tourmentes d’âme dont je viens de donner un exemple, j’eus un peu de répit. Sans doute, je le dus, en partie, aux prières de mon ami S… avec qui je restais en correspondance presque quotidienne. Mais je crois aussi que le Bon Dieu voulut me laisser reprendre des forces pour l’épreuve suprême qu’il me restait à subir. Je restai très triste mais plus tranquille pendant quelques jours.